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Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

L'héritier

Une parabole

       Henri Lefebvre (Paru dans Yerushalaim n°7)

 

Un jour, un homme fit un héritage.

La grande affaire lui venait de ses ancêtres, entreprise prospère, honorablement connue, respectée de tous au milieu de la cité. On racontait combien l'affaire avait prodigué de bienfaits depuis des lustres, combien de conquêtes elle avait opérées, combien de richesses elle avait accumulées, faisant d'elle la première parmi toutes ses semblables.

En prenant connaissance de l'étendue de son héritage, l'homme éprouva une vive reconnaissance pour la longue lignée de ses ancêtres qui avait contribué à la constitution de ce patrimoine. Voulant en savoir plus sur ces héros valeureux, il se mit à étudier de plus près leurs vies et leurs actions; il se disait aussi qu'il avait besoin de se faire enseigner par eux pour être lui aussi apte à faire face aux aléas possibles qu'il pourrait rencontrer.

Mais il advint que l'homme se mit à éprouver un peu à la fois un sentiment de gêne et d'inquiétude, s'étonnant au cours de ses lectures de certains agissements de ceux qu'il avait considérés jusque là comme des modèles. Ne pouvant chasser son inquiétude, il prit alors le parti de s'entourer de personnes compétentes et intègres avec mission de lui répondre franchement sur les questions les plus incisives qu'il pourrait poser au sujet de ceux qui l'avaient précédé au sein de l'affaire.

 

Au bout de quelques temps de recherche passionnée, l'homme avait rassemblé un dossier volumineux; il acquit d'abord la conviction que la réputation de l'affaire avait été nettement surévaluée, l'acquisition du patrimoine existant ayant été parfois obtenue par le vol ou la violence; il s'aperçut d'autre part qu'il connaissait bien les descendants de ceux qui avaient été ainsi spoliés, étant même en relations fréquentes avec certains d'entre eux.

 

Après bien des débats de conscience, l'homme prit alors une décision difficile: il ne pouvait plus cacher ce qu'il avait appris et, conscient des responsabilités que cette découverte faisait peser sur lui, il lança une invitation générale à tous les descendants des victimes de ses ancêtres. Lorsqu'ils furent réunis, il leur expliqua dans le détail les investigations auxquelles il s'était livré, leur avouant la responsabilité historique de l'affaire dont il était héritier dans le malheur qui les avait frappés et leur demanda pardon pour cette situation qu'il déplorait profondément. L'émotion fut intense parmi tous ses invités et, très rapidement la nouvelle se répandit dans la cité, ce qui provoqua une énorme surprise, et donna lieu à de multiples spéculations sur les conséquences possibles d'une telle révélation: l'homme avait-il l'intention de faire restitution à ceux qui avaient été dépossédés? Mais sur quelles bases pourrait se faire une telle restitution ? Certains prétendaient qu'une telle opération mettrait en péril l'affaire elle-même et, par voie de conséquences, tout l'équilibre de la cité... On allait même jusqu'à critiquer hargneusement la décision de l'homme, affirmant qu'il n'aurait jamais dû se laisser aller à de telles révélations, la conduite d'une entreprise comme l'affaire exigeant plus de sang-froid et moins d'émotivité. Dans d'autres cercles, et même parmi ceux qui avaient été invités, on songeait tout bas à certains détails du passé, détails maintenant oubliés; dans ces cercles, on se disait donc qu'il leur faudrait surveiller attentivement l'évolution de la situation: il ne faudrait pas que les révélations de l'homme n'entraînent d'autres découvertes . . .

 

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Pensée:  Toute parabole peut faire l'objet d'une multitude d'interprétations. Il ne servirait à rien de publier ici un tel texte sans expliciter un peu notre propos. C'est bien notre responsabilité historique que nous voulons ici évoquer.

La responsabilité personnelle correspond aux actes que nous avons commis, volontairement ou non; il n'est pas besoin d'en parler plus avant car les Ecritures nous enseignent clairement sur ce point.

La responsabilité historique par contre est une notion plus difficile à définir; bien peu de gens ont conscience d'être impliqués dans une question sur laquelle ils n'ont eu évidemment aucune prise, puisqu'elle s'est déroulée avant eux ou loin d'eux.

Notre parabole cherche à faire toucher du doigt ce que peut être la responsabilité historique: elle nous introduit à la notion de responsabilité d'héritiers. Le code civil ne nous confirme-t-il pas que les héritiers sont astreints à payer les dettes contractées par leurs aïeux ou donateurs, ce qui conduit d'ailleurs certaines personnes à refuser l'héritage qui leur est proposé ?

 

Bien évidemment, l'homme en question, c'est nous, chrétiens, c'est-à-dire vous et moi; et l'héritage reçu, c'est toute la richesse transmise par les générations qui nous ont précédés, richesse de la tradition, de la mentalité, de la sensibilité, richesse de la chrétienté de ce vingtième siècle. Il ne s'agit évidemment pas des richesses et de l'héritage qui nous est réservé dans les cieux, lequel est parfaitement exempt de toute tâche et de tout reproche.

La parabole qui nous est proposée ici est bien évidemment destinée à susciter notre réflexion de chrétiens sur notre responsabilité d'héritiers d'une longue tradition hautement respectable sous bien des aspects, mais par endroits entachée d'actes tout-à-fait répréhensibles qui sont bien connus des historiens. Pour ce qui concerne YERUSHALAIM, c'est bien de la repentance envers le peuple juif qu'il s'agit. Mais sans doute pourra-t-on aussi découvrir et traiter de la même façon notre responsabilité vis-à-vis d'autres fractions de l'humanité ... ?

Et les questions qui nous sont posées peuvent se résumer comme suit:

1ère question: sommes-nous invités à une repentance, et vis-à-vis de qui?

Question suivante ( qui est beaucoup plus difficile ): quelle réparation pouvons-nous ou devons-nous envisager dans chaque cas ?

 

Le lecteur constatera que la parabole n'est pas terminée, que l'histoire tourne court; il subsiste un malaise à sa lecture.

Eh bien, ne serait-ce pas parce que nous aussi sommes en train de vivre dans un certain sens la même attente, le même embarras ? Il est très facile de s'engager allègrement sur le chemin de l'autoglorification, sous couvert de ne rechercher que la seule gloire de Dieu. Il est très facile d'écarter d'un revers de main la repentance en la taxant de sentiment négatif, de scrupule suranné. En réalité, n'hésitons-nous pas à nous engager dans la voie de la repentance parce que nous savons bien qu'il n'y a pas de repentance sans réparation, et que cette perspective nous effraye, car nous voyons qu'elle risque de nous conduire très loin, trop loin peut-être à notre gré ?

 

 

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