Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

Jésus, ce juif ...

Par Rina Geftman

Paru bdans Yerushalaim n°23

 

            Nous avons extrait le texte ci-dessous de l'ouvrage de notre amie Rina Geftman, "Guetteurs d'aurore".  (Cerf 1985)  Dans ce livre de témoignage, l'auteur raconte avec une grande délicatesse son itinéraire de juive de venue chrétienne au cours de la guerre 39/45. 

            Il nous a semblé intéressant de reproduire ce témoignage qui nous montre que, déjà en 1985,, la question abordée dans ce numéro de YERUSHALAIM se posait déjà.

 

         La question juive essentielle demeure : Devons-nous annoncer l'Evangile aux Juifs ? Jésus, avant de quitter ses apôtres, leur a commandé : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples" (Mt 28,19) Est-ce que les Juifs aussi sont englobés dans le terme "nations" (en grec : ethne) ? Cela serait étonnant dans le langage biblique, même du Nouveau Testament. Par ailleurs, nous lisons dans les Actes : "Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre". (1,8). Il y a une dynamique de la Bonne Nouvelle qui part de Jérusalem et va vers les nations et non pas l'inverse. Avant de se séparer des onze et de leurs compagnons, Jésus ne leur a-t-il pas dit : "Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour, et qu'en son nom le repentir en vue de la rémission des péchés sera proclamé (kerisso) à toutes les nations à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins (martyres). (Luc 24,33,46,48). C'est difficile d'admettre que cette mission, dans son sens devenu classique dans l'Eglise, concerne au même titre Israël et les nations. Le Père F. Rossi de Gasperis S.J. de l'Institut biblique pontifical de Jérusalem est venu éclairer la réflexion de notre petite communauté chrétienne sur cette question délicate. Il nous a été rappelé que les Actes des Apôtres aiment utiliser deux mots et deux notions différentes lorsqu'il s'agit des Juifs (de Jérusalem) et des non-Juifs "ceux qui sont au loin" (2,39,22,21) (Cf. Is 57,19). Comme Mrg Cerfaux l'avait déjà remarqué il y a longtemps de cela, la distinction entre le témoignage à Jérusalem et l'annonce est nettement marquée, par exemple dans le discours de Paul à Antioche de Pisidie : "Dieu l'a ressuscité des morts ; il est apparu de nombreux jours à ceux qui sont maintenant ses témoins (martyres) devant le peuple (laos). Et nous, nous vous annonçons (euangelizomai) la promesse qui a été faite aux Patriarches" (Act 13,30-32).

         Vis-à-vis des Juifs, les douze témoignent avec beaucoup de puissance de la résurrection de Jésus (ibid.4,33). Ainsi le jour de la Pentecôte, Pierre proclame à toute la maison d'Israël, représentée par le rassemblement des Juifs venus de toutes les nations (ibid.2,5-11) : "Dieu l'a ressuscité ce Jésus ; nous en sommes tous témoins" (Ibid. 2,32). Quant à ceux qui sont au loin, il y a lieu de leur annoncer le message du Royaume de Dieu ((Ibid.20,25,28,31). Le vocabulaire est moins fixe dans le cas de Paul, mais on parle de son témoignage à Jérusalem, qui va connaître le même sort que celui d'Etienne (ibid. 22,18,20). Et c'est bien Paul qui affirme : "J'ai continué jusqu'à ce jour à rendre témoignage devant petits et grands, sans jamais rien dire en dehors de ce que les Prophètes et Moïse avaient déclaré devoir arriver" (Ibid. 26,22). Ce qui veut dire que le témoignage paulinien s'articule tout entier à l'intérieur de l'espérance d'Israël (ibid. vv 6-8, cf.23,6;28,20).

         Tout cela nous engage très sérieusement à approfondir cette double manière de concevoir le mandat évangélique : la mission au service des nations (ethne) afin qu'elles se tournent vers la lumière du Dieu vivant (Act 14,15 ; 26,17-18) et la prophétie néotestamentaire, qui est le témoignage de Jésus ressuscité, auprès de son peuple (laos) (ibid. 26,17. Cf. Ap 19,10). Cette différence de terminologie nous a paru précieuse. Le Père Rossi de Gaspéris nous a exhortés à essayer de transférer, par analogie, ce qui est dit dans les Actes du témoignage des Douze à Jérusalem à notre propre situation de disciples de Jésus, vivant au sein du peuple juif. Dieu nous demande d'être témoins de la résurrection de son Christ, c'est-à-dire de nous laisser saisir par cette résurrection afin que, quoique nous fassions ou disions, ce soit l'Esprit Saint qui témoigne en nous. Contre une telle "mission" celle de l'Esprit, il n'y a pas de loi.

         Si nous quittons le domaine de la théologie biblique et considérons cette même question dans sa réalité existentielle, nous nous trouvons en face d'un autre problème. L'Eglise telle qu'elle se présente aujourd'hui peut-elle annoncer la Bonne Nouvelle du salut au peuple juif ? Sur le plan de Dieu, elle reste toujours l'Eglise "de la circoncision" et "des Gentils", mais le premier élément n'est guère apparent et il est fort difficile pour un juif de le découvrir. Par ailleurs, Jésus a confié à son Eglise un message d'unité "Qu'ils soient un !" A Jérusalem, plus qu'ailleurs, le scandale des divisions le rend peu crédible. Enfin, et c'est là le point principal, de quelle façon les chrétiens ont-ils manifesté aux Juifs que Dieu est Amour, que Jésus est Amour ? Est-ce par le mépris, la mise au ban, les persécutions sanglantes ? Je ne veux pas m'étendre, c'est à chaque chrétien et à chaque Eglise de faire son examen de conscience et de s'engager dans la voie étroite de la repentance.

 

         Est-ce que, dans l'ensemble, la personne de Jésus intéresse les Juifs ?

         Nous assistons, à notre époque, à une découverte de Jésus par un grand nombre de Juifs, surtout en Israël.  Sa personne les interpelle, les intrigue, les attire à la fois. Revenus sur leur terre et ayant retrouvé leur identité, ils se sentent beaucoup plus libres pour aborder le problème "Jésus", reconnaître sa judéité et lui manifester leur sympathie.

         André Chouraqui a écrit dans un de ses livres "Lettre à un ami arabe" : "Il faut que l'Eglise reconnaisse Israël pour qu'Israël puisse reconnaître Jésus". Je ne pense pas que l'auteur envisageait la reconnaissance messianique et divine de Jésus, mais une sorte de réintégration dans le judaïsme de son fils le plus précieux, ceci dans la mesure où l'Eglise accueille Israël, non plus comme une réalité dépassée, mais dans le mystère de sa vraie identité et permanence.

         Par ailleurs le professeur David Flusser a écrit dans la revue Concilium n°98 "Il me semble que très peu de Juifs élèveraient une objection, si le Messie, quand il reviendra, était le juif Jésus."

         Je pourrais donner beaucoup d'autres exemples de cet intérêt. Le mieux est de se référer à l'ouvrage intitulé “Fils de Joseph” d'un autre professeur de l'université, Pinhas Lapide. Il s'appuie sur une abondante documentation et, entre autres, sur une enquête sélective de 187 publications parues depuis la création de l'Etat d'Israël, et concernant la personne de Jésus.

 Rina GEFTMAN (1914 - 2001)

"Guetteurs d'aurore" (Cerf)

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