Chrétiens et juifs, ... des amis

Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

Lettre à un ami . . .

Par M.F.LOVSKY

Paru dans YERUSHALAIM n°19

            Mon cher ami,

             Vous m'interrogez sur la validité de ce que j'ai dit à propos de la Parabole du Fils prodigue de Luc 15, puisque j'ai inversé la signification habituelle en disant que le fils aîné, aujourd'hui et depuis des siècles, c'est nous et non pas, comme l'habitude le fait dire, les Juifs. Vous avez raison de vouloir élucider ce point : s'agit-il d'une originalité de ma part ?

            Commençons par établir une première constatation : quelles que fussent les harmoniques dans la pensée de Jésus à propos de cette admirable histoire, sa signification première, et permanente, et essentielle, c'est d'abord une interrogation s'adressant aux hommes sur le plan personnel, individuel : où en es-tu ? Il s'agit de la foi et de l'obéissance de chacun de nous par rapport au Père. Il s'agit de la vie qu'on mène, du péché, du pardon, de la miséricorde, de l'endurcissement sous ses deux aspects : celui du fils prodigue dans son péché avant sa repentance, et celui du fils aîné, dans sa trop bonne conscience. Il faut maintenir très fort la signification presque individualiste de la parabole.

            En ce sens, j'approuve totalement l'opinion du juif que votre cousine vous a rapportée, et que je recopie : "Le fils prodigue ayant quitté sa maison pour vivre en pays étranger et garder les porcs représente le Juif délaissant sa Torah pour vivre comme un païen. Sous l'effet des déboires, il revient à sa tradition. Le fils aîné, lui, n'a jamais abandonné sa tradition. Son animosité provient de ce qu'il n'entre pas, comme son frère, dans les sentiments de repentance et de joie". Cette vision est tout à fait conforme à la signification de la parabole. Juif ou chrétien,  l'homme est l'objet du questionnement du texte : Où en es-tu ? Qui es-tu ? Où es-tu par rapport à Dieu ? Cette interrogation personnelle ne doit jamais être oubliée.

            Ni non plus le statut de ce texte. C'est une parabole. Ce n'est pas une allégorie. Dans une allégorie, la signification de chacun (animal, arbre, nationalité de l'homme, profession, voire la couleur de la peau et celle des cheveux) est constante, fixée une fois pour toutes. Le corbeau est toujours naïf et le renard rusé. Nous n'avons qu'à décoder le texte, à identifier une fois pour toujours le fils aîné et le fils cadet. Mais la parabole - et surtout une parabole dite en milieu juif - a une pluralité de sens. Elle est interrogative et décapante. Elle ne s'adresse pas à l'intelligence ("J'y suis, j'ai compris : l'aîné, c'est le Juif, elle s'adresse à l'âme, au coeur : "Qui es-tu en ce moment ? L'aîné ? le cadet ? avant ou après le gardiennage des cochons ?" Et pire : "Tu étais le débauché, ne deviens-tu pas l'homme incapable de pardon ?" En cela, Luc 15 ne diffère pas de la parabole des deux fils (Mt 21/28-32) où il est clair qu'un jour, je puis être le fils qui dit oui sans obéir, et le lendemain, après avoir dit non, obéir.

            C'est cette plénitude de sens qui permet d'élargir la signification de la parabole, soit en raisonnant par analogie, soit par généralisation. J'ouvre un petit livre de Fr. Quiévreux sur les paraboles où il collectionne les interprétations des Pères de l'Eglise et des théologiens. On y voit que l'interprétation personnelle a été enseignée par les Pères qui voyaient l'humanité dans son ensemble, avec les hommes, pécheurs, et les fils aînés représentés par les anges... A la fin du IV ème siècle, St Jean Chrysostome cite cet enseignement, le trouve "pieux" mais ne sait pas si c'est "vrai". Cette interprétation va tomber en désuétude. Mais non pas celle qui appelle à la repentance personnelle. La parabole est regardée sous l'angle du salut du pécheur et du juste. C'est le cas au IV ème  siècle, chez les Grecs de St Cyrille d'Alexandrie, qui cependant voit déjà dans le fils aîné "le juif selon la chair". Saint Basile distingue dans la parabole trois degrés d'obéissance personnelle filiale, St Augustin voit deux races humaines, les fidèles et les idolâtres ; St Ambroise, autre Latin, explique la parabole sous l'angle de la réconciliation.

            Mais l'explication, peut-être enracinée chez Saint Paul à cause de l'Epître Eph.2/14-18 (peut-être) se trouve clairement chez Saint Augustin "Ce fils aîné, c'est le peuple d'Israël". Mais Augustin n'oublie pas toujours le Mystère d'Israël, à la différence de tant d'autres : "Il s'indigne encore maintenant et ne veut pas entrer : or, lorsque la plénitude des Gentils sera entrée (Rom. 11/25-26) le père sortira au temps opportun afin que tout Israël soit aussi sauvé car les Juifs seront un jour manifestement appelés au salut de l'Evangile ; c'est cette vocation manifeste qui est figurée par la sortie du père allant prier son fils aîné".

            Mais il faut avouer que les théologiens, par la suite, n'ont pas repris l'ensemble de la vision d'Augustin. Ils l'ont rétrécie... durcie... et allégorisée.

            Si c'est une parabole, nous aussi, dans la foi, nous pouvons être des fils aînés au coeur endurci ou jaloux, qu'il s'agisse des Maghrébins, des nouveaux convertis, des étrangers - ou des Juifs. L'antisémitisme des chrétiens, c'est leur façon d'entrer dans la trop bonne conscience du fils aîné.

Fadiey  LOVSKY  .

 

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