Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

 

COMITE CATHOLIQUE POUR LA REPENTANCE

AU SUJET DU PEUPLE JUIF

Une documentation sur l’histoire récente au sujet de la repentance

 Dossier préparé par la rédaction de CŒUR (Paru dans Yerushalaim n°9)

 

                 Nous reproduisons ci-dessous quelques textes élaborés au cours des années 80 par ce qui fut ce Comité: nous devons ce dossier à notre amie Marie-Thérèse HUGUET qui en faisait partie.  En 1989, ce Comité s'est mis en sommeil pour mûrir et se renouveler; ses membres, chacun pour leur part,  ne restant pas inactifs, bien au contraire.

                 C'est ainsi qu'il a sans doute, pour sa part, préparé la voie à une initiative plus large, celle de C.OE.U.R.  qui,  providentiellement et à l'initiative d'autres chrétiens, en a pris le relais vers la fin 1990... "Rencontres", puis la "Jérusalem invisible", entre temps en sommeil également, participent ainsi, au moins pour une part, à la vie de C.OE.U.R.

                 Nous avons reproduit  ci-dessous une brève notice de présentation qui avait été diffusée en 1986, puis la note rédigée par  ce Comité en vue du Synode des évêques de 1983, note qui comportait en annexe un “Rappel historique” et un texte intitulé “Fondement théologique”.

                  Pour compléter ce dossier historique, nous avons reproduit un extrait de l’allocution du Cardinal Etchegaray, alors prélat de Marseille, devant ce même Synode, allocution qui fut particulièrement remarquée dans le monde juif.

 

            Ce Comité est né fin 1980 , avec le Père Roger Braun et peu avant la mort de ce grand ami d'Israël. Il rassemble actuellement une dizaine de membres. Ceux-ci sont, d'une part, des responsables d'organisations ou de mouvements spécialisés dans le dialogue judéo-chrétien ou s'intéressant activement au judaïsme (partie catholique de l'AJCF, SIDIC, "Rencontres", "Jérusalem invisible"...); d'autre part, des catholiques sans responsabilité particulière dans ces groupes, signifiant ainsi que la repentance chrétienne envers Dieu à propos des juifs ainsi qu'envers les juifs, concerne tout baptisé comme tel, solidaire de la communauté ecclésiale.

             Toutes ces personnes sont conscientes du fait que le "nouveau regard" et l'amitié amorcée entre membres de la Synagogue et de l'Eglise depuis Vatican II, requièrent impérativement et avant tout repentance et réparation -autant que faire se peut- pour le passé de l'antisémitisme dans l'histoire de la chrétienté.

             Ce Comité, dont le but est avant tout spirituel , veut promouvoir cette repentance libératrice: conversion de l'intelligence en même temps que du coeur. Il propose pour cela, de manière encore discrète, des journées de jeûne et de prière, en Avent et en Carême (avec un projet de rituel), journées auxquelles s'associent de nombreuses communautés contemplatives.

             Il envisage, par d'autres voies également, de sensibiliser les catholiques au mystère d'Israël qui, bien qu'occulté, est au coeur du mystère de l'Eglise (Cf. Nostra Aetate). C’est ainsi qu’en 1983, il a rédigé une note à l'intention des évêques au moment d'un Synode sur la réconciliation.

            Ce Comité souhaite contribuer à ouvrir les catholiques, en même temps qu'à ce nécessaire repentir, à une attitude de solidarité, de reconnaissance et de service, ainsi qu'à la rectification théologique qui s'impose.

             Occasionnellement, le Comité élargit ces rencontres, invitant protestants, anglicans, orthodoxes vivant une semblable démarche, à partager une prière commune de repentance au sujet de nos "frères aînés". (Ainsi en a-t-il été, en 1985, pendant le carême; ainsi qu'au moment de Yom Kippour, à l'invitation cette fois de protestants). De cette prière a jailli une supplication commune pour que soit hâtée la Venue en gloire du Messie d'Israël, Sauveur du monde.

Paris, 6 janvier 1986

 

 

1983...VERS UNE REPENTANCE DES CATHOLIQUES

AU SUJET DU PEUPLE JUIF..

(Texte présenté par le comité au Synode des évêques sur la réconciliation)

            L'année 1983 a été proclamée "Année Sainte de Pénitence et de Réconciliation". Voici 1950 ans en effet, le Christ-Sauveur par sa croix a réconcilié avec Dieu les juifs et les païens.

            "En sa personne Il a tué la haine". (Cf. Eph 2, 13-16)

* * *

            "Il a tué la haine..."

             Pourtant, tout au long de ces 1950 années, combien sont-ils les fils de l'Eglise qui emboîtèrent le pas aux païens qui, avant comme après la venue du Christ, se sont acharnés à détruire le peuple détenteur de la Promesse, le peuple porteur d'Election et de Bénédiction pour les nations: le peuple d'Israël...

             Le scandale de cet "anti-judaïsme chrétien" existe encore. Tout se passe comme si la plupart d'entre nous voulions bien de la bénédiction, mais sans la devoir aussi à Jacob; comme si nous voulions bien être le peuple de Dieu, mais sans être "greffés" (Rm 11,17) sur Israël. Alors, pour nous approprier son élection en nous substituant à Lui, nous l'avons prétendu "rejeté", voire "maudit", comme si les dons de Dieu n'étaient pas "sans repentance".. (Rm 11,29). Bref - et en cela consiste notre subtil orgueil contre lequel nous mettait en garde l'apôtre - nous voulons bien entrer dans l'Alliance, mais non selon la manière dont Dieu nous y appelle; sans reconnaître "ce mystère" révélé "dans l'Esprit": "les païens sont admis au même héritage (qu'Israël), membres du même corps, bénéficiaires de la même Promesse, dans le Christ-Jésus, par le moyen de l'Evangile" (Eph 3,5-6).

             Cette perversion de la foi ne revêt-elle pas une particulière gravité ? Elle fait injure à Dieu jusque dans son "dessein bienveillant". Elle a permis, entraîné, "justifié" des persécutions innombrables à l'encontre des juifs (des bûchers aux conversions forcées; d'un véritable enseignement du mépris" à toutes les humiliations, les spoliations... que l'on sait). L'antisémitisme n'est pas un égarement, un aveuglement, une cruauté comme les autres. C'est un "non" au plan du salut.

             Nous n'oublions certes pas la portée des sacrifices individuels consentis par de nombreux chrétiens pour sauver des vies juives pendant la guerre. Nous ne méconnaissons pas tout l'acquis du Concile et de la période post-conciliaire. Toutefois, de grands progrès ne restent-ils pas à faire ? ... Et ce péché historique non vraiment reconnu, confessé, réparé (pour autant qu'il puisse l'être..) officiellement, dans l'Eglise, ne serait-il pas le plus accablant de toute son histoire ? ... N'est-il pas dirigé à la fois contre Dieu Lui-même, et contre son Christ, contre nos pères dans la foi, et contre nous-mêmes ?... Occulté de façon étonnamment constante, ne pèse t-il pas très lourd dans ce qu'il est convenu d'appeler la "crise de l'Eglise" (en ce qui concerne une certaine perte du sens de Dieu, et de son intervention dans l'histoire des hommes; et que dire de toutes ces formes d'idolâtrie - idéologie ou autre - qui s'enracinent  dans une négation latente de l'A.T. - cf. Marcion...?)

            C'est pourquoi des catholiques de plus en plus nombreux, conscients de leur responsabilité collective dans l'Eglise, veulent entendre, à propos d'Israël, cette parole de l'Evangile: "Si ton frère a quelque chose contre toi, va d'abord te réconcilier avec lui" (Mat.5,24);  tant il est vrai que dans une famille, chacun se doit, en solidarité, de demander pardon et de réparer pour le mal commis par les siens. Et ils se tournent vers le Seigneur pour L'implorer ardemment dans le jeûne et la prière, de libérer son Eglise de ce poids séculaire qui entrave si lourdement sa marche dans la foi, tout en leur défigurant le visage du Messie; et qui contribue à perpétrer, dans le peuple unique de Dieu, une déchirure dont seule l'habitude - et le péché - nous empêchent de percevoir le caractère intolérable.

             N'est-ce là mettre nos pas dans les pas de Paul VI qui,  voici 20 ans , eut le courage - sans chercher à évaluer les culpabilités réciproques - de demander pardon publiquement à Dieu comme à nos frères chrétiens séparés, pour les fautes pouvant nous être imputées dans les causes de la séparations ... En ce qui concerne les juifs, Pie XI nous avait rappelé quelle est notre racine. Jean XXIII a tenu à réviser la liturgie du Vendredi Saint. Notre Saint Père Jean Paul II n'a pas manqué, entre autres gestes, de s'incliner devant le mémorial juif d'AUSCHWITZ...

            L'heure ne serait-elle pas venue maintenant, enfin, de nous tourner, en ce qui concerne la demande de pardon, vers nos frères juifs "à qui Dieu a parlé en premier" (liturgie du Vendredi-Saint), qui restent à jamais "la racine qui nous porte" (Rm 11,18) et nous nourrit; dont Jésus né de Marie est le fils; et dont le mystère est "intérieur à notre propre mystère" (cf. Nostra Aetate).

            Et combien l'Eglise n'aurait-elle pas à gagner à une telle démarche ...

             Ensuite, il nous faudra poursuivre le nécessaire travail de "réparation" dans une écoute très fidèle de l'enseignement de l'Ecriture. Il faudra continuer à élaborer une exégèse et une théologie plus  conformes à ce donné, qui seules feront justice des pseudo-théologiens du "rejet" et de la "substitution " si longtemps véhiculées, bien que jamais  "authentifiées" par l'Eglise. Cet ajustement dont nous sommes tenus de nous acquitter, aux plans de l'exégèse, de la théologie, de l'enseignement, de la liturgie, nous devrons nous en acquitter aussi au plan pratique d'une vraie reconnaissance et d'une vraie solidarité.

            Mais n'attendons pas l'achèvement d'une théologie satisfaisante du "mystère d'Israël" pour confesser ouvertement notre péché et nous en repentir. Car c'est toujours le temps de la conversion. Et puis nous risquerions d'attendre longtemps, car la théologie portant ultimement sur un mystère, elle n'est jamais achevée... Surtout, elle est soumise à une lumière qui ne peut venir que de Dieu.

            En cette année de grâce 1983, inaugurée au jour anniversaire de l'Annonciation à Marie, fille de Sion, prions donc pour que cette lumière soit donnée au plus grand nombre. Et faisons ce pas, en vérité premier, de repentance en Eglise.

             Mais que serait une telle démarche de repentir si elle n'était pas publiquement et officiellement partagée et authentifiée par le Magistère de l'Eglise ?... Comment serait-elle même crédible ? ...

             C'est pourquoi  nous nous tournons avec confiance vers vous, nos Pères Evêques, responsables de notre Eglise, réunis autour de Pierre, en ce Synode pour la Réconciliation, afin de soumettre à votre jugement l'opportunité d'une parole et d'un geste publics de repentance, envers Dieu et envers le peuple juif, parole et geste appelés par des milliers de chrétiens.

Le document était signé des membres du comité: 

 Marie-Thérèse HUGUET - Claire HUCHET-BISHOP - Soeur Madeleine JANET - Père François JOURDAN - Soeur Louise-Marie NIESZ - Père Gérard PLOIX - Marcelle RABER - Germaine RIBIERE - Soeur Bénédicte SALMON - Soeur Marie-Paul SOULES - Renée de TRYON MONTALEMBERT - Père Henri de VILLEFRANCHE - Alec et Nicole  WINOGRADSKY

et avec eux, les catholiques :  - de l'A.J.C.F.   10 rue de Rocroy - PARIS (10eme)  -  de "RENCONTRE-CHRETIENS et JUIFS" 17,rue de Montorgueil - Paris (2eme) - de S.I.D.I.C.   73 rue N.D. des Champs - Paris (6eme) -  de la "Jérusalem invisible"    9, rue C. Franck    Paris (15eme )    et   4, rue Shaul Adler - Jérusalem

en communion avec le "Comité épiscopal pour les relations avec le Judaïsme" et avec le soutien de la prière de nombreux monastères.

Paris, 25 Mars 1983

    A ce document étaient joints les deux notes ci-dessous intitulées “Rappel historique” et “Fondement théologique”.  


RAPPEL  HISTORIQUE

            Pour nous rendre compte de notre responsabilité de chrétiens vis à vis de nos frères juifs, il est nécessaire de nous rappeler quelques faits historiques. Comment serait-il possible de dresser un panorama complet de tout ce que les juifs ont eu à supporter de notre part ? Nous nous bornerons donc à quelques faits, en sachant qu'il ne s'agit pas là d'exemples isolés, d'évènements extraordinaires, mais de faits courants à certaines époques, plus ou moins fréquents à d'autres, qui ont été perpétrés dans les pays dits de "chrétienté". Non que nous ayions eu le monopole de la persécution envers les juifs. Mais une société qui se disait "chrétienne" n'avait-elle  pas à témoigner de l'Evangile, i.e. de l'amour du Christ... alors qu'en fait, la plupart du temps, son attitude - conséquence des pseudo-théologies du "rejet", de la "substitution", voire de la "malédiction" - a été un contre-témoignage et une odieuse caricature.

             Dès le Vème siècle, l'historien Eusèbe de Césarée parle de déicide. Ce mot devait faire carrière jusqu'au dernier concile et a donné bonne conscience aux pires tourmenteurs. De là les affronts et exactions de la semaine pascale, pendant laquelle les juifs se terraient chez eux. Un peu partout l'usage était de souffleter un juif. Vers 1020, à Toulouse, Hugues Vicomte de Rochechouart donna un soufflet d'une telle force que mort s'ensuivit. Au Moyen-Age, le port de la rouelle fut rendu obligatoire. Les croisades exaspérèrent les sentiments anti-juifs. Les croisés commençaient par se faire la main, si l'on peut dire, sur les juifs de la région. La tuerie sauvage était courante; les juifs étaient égorgés, étranglés, brûlés, noyés, lapidés, enterrés vis, et leurs cadavres profanés. Ainsi, dans la grande Synagogue de Jérusalem, les croisés enfermèrent des juifs en grand nombre et les brûlèrent vifs. Pire encore aux yeux des juifs, la destruction des Synagogues et des rouleaux de la Thora, principalement aux jours de fête juive (par ex. en 1096, le 18 Mai à Worms; le 1er Juin, jour de Chavouot, à Cologne).  Le Moyen-Age accuse les juifs à chaque calamité: puits empoisonnés, peste , etc... Il faut un bouc émissaire, c'est toujours le juif qui est soupçonné et en butte aux tortures allant jusqu'à la mort. En 1349, à Strasbourg, le 13 Février, on entasse les juifs de la ville sur un bûcher, supprimant ainsi par le feu toute la communauté juive: hommes, femmes, enfants, au nombre d'environ 2000.

            Dans l'Espagne d'Isabelle la Catholique et de Torquemada, les juifs étaient sommés de choisir entre le Baptême et la mort. Ceux qui avaient opté pour le Baptême tout en continuant chez eux d'observer la Loi juive, les Marranes, restaient suspectés et beaucoup furent torturés à mort.

            A l'Est, dans les pays salves, et jusqu'à une époque récente, des pogroms étaient déclenchés sous les prétextes les plus variés, et l'on voyait une horde déboucher dans le quartier ou le village juif, précédée d'un prêtre brandissant une croix. Ne soyons pas étonnés des réactions juives devant ce signe, rédemption pour nous, danger mortel pour eux.

            Plus près de nous, rappelons l'affaire Dreyfus qui, si elle a secoué l'opinion et amené quelques chrétiens à une réflexion nécessaire, a aussi permis à un antisémitisme virulent - et à couleur chrétienne - de s'exprimer.

            Et nous en arrivons au monstrueux génocide hitlérien. Les 6 millions de victimes juives, dont l'unique tort était d'être juives, sont mortes victimes d'une perversion païenne dans son principe, mais que nous avons laissée s'installer. S'il y eut d'admirables dévouements, si nombreux ont été ceux qui ont "laissé faire", quand ils n'ont pas aidé les nazis... Que penser de la réponse d'un pasteur et d'un prêtre, jugés pour leur collaboration avec les nazis: "Je pensais contribuer à exercer la justice de Dieu à l'égard des juifs".

            La plaie laissée par les vides d'AUSCHWITZ, toujours béante dans chaque famille juive, s'ajoutant à la longue histoire des persécutions, nous accable. Quelle prière jaillira de nos coeurs ? Quelle résolution pour nous approcher repentants de nos frères juifs afin d'être auprès d'eux des amis sûrs, solidaires, qui les aiment en vérité ?

            Notre repentance ne pourra être acceptée par le Seigneur que si nous voulons vraiment extirper, dans le fond de notre coeur et autour de nous, tout germe d'antisémitisme, pour le remplacer par la reconnaissance de la place et de la valeur du Judaïsme, et par l'amour de ces frères aînés que nous avons si odieusement maltraités, alors que nous nous réclamons de Jésus, dont nous avions oublié qu'Il avait choisi de naître juif.

            Demander pardon à Dieu pour toutes les souffrances, toutes les humiliations, toutes les persécutions infligées par de nombreux catholiques à leurs frères juifs, ainsi que pour tout le poids de mensonge et d'injustice que nous avons fait peser sur eux, depuis tant de siècles, mais pourquoi ?.. Est-ce notre faute à nous, catholiques de 1981, si l'Inquisition a ensanglanté l'Espagne du Moyen-Age, et si l'enseignement quasi-systématique du mépris a fomenté un "antisémitisme chrétien" préparant un terrain favorable au drame humainement inexpiable de l'Holocauste ?

            Certes, nous ne sommes pas directement responsables; mais ne sommes-nous pas tous solidaires?... Il ne s'agit en aucune façon de nous culpabiliser, mais au contraire de permettre à Dieu de nous libérer, de libérer notre Eglise d'un fardeau qui grève la pureté de nos meilleurs élans. Rappelons-nous: "Si ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande et va d'abord te réconcilier avec ton frère".

 


FONDEMENT THEOLOGIQUE

            Or, les persécutions infligées au cours des âges par des chrétiens à leurs frères juifs sont d'une particulière gravité. Saint Paul nous avait pourtant mis en garde en recommandant à l'"olivier sauvageon" que nous sommes de ne pas aller se glorifier aux dépens des branches de l'"olivier franc", ces branches parmi lesquelles il s'est trouvé greffé des mains même de Dieu. L'aurions-nous donc oublié ? " Ce n'est pas toi qui portes la racine, c'est la racine qui te porte !"

            Persécuter les juifs - ou seulement les ignorer - c'est nier l'unité du plan de Dieu qui a voulu faire entrer, par la grâce de l'Evangile, l'universalité des nations païennes dans la grande joie de l'Alliance éternelle promise à Israël . C'est refuser l'élection.

            Persécuter les juifs - ou seulement les ignorer - c'est attenter à la dignité d cette fille d'Israël que l'Eternel a choisi d'exalter parmi toutes les femmes, pour qu'elle fût la plus belle de ses créature, parce que la Mère toute pure de son Fils.

            Persécuter les Juifs, c'est persécuter le Christ, homme juif, et défigurer son Visage. C'est aussi compromettre - ou du moins indéfiniment retarder - l'accomplissement de ce grand dessein de miséricorde et d'amour qui est le prix même de la Rédemption.

            Persécuter les juifs, c'est donc à la fois arracher notre Eglise de sa "racine sainte", et empêcher Israël de parvenir à sa propre plénitude. C'est un "non" au dessein de salut de Dieu.

            Persécuter les Juifs - ou seulement les ignorer , les vouloir comme tout le monde - n'est-ce pas nier leur spécificité et la vocation propre qui leur a été réservée par Dieu de toute éternité ...

            Oui, tout chrétien qui n'aime pas ses frères juifs comme le Père les aime et les voit, possède déjà en lui-même le germe de l'antisémitisme... Et comment serait-il encore chrétien ? 

            Que le Christ Jésus, homme juif et Fils de Dieu, ouvre en nos coeurs la source d'une authentique repentance, pour que, dans son pardon, nous puissions enfin nous reconnaître frères.


-------------------------  à ce dossier, nous joignons ici un petit texte du Cardinal Etchegaray  -----------------------

 NOTRE MISSION DE RECONCILIATION AVEC LE PEUPLE JUIF

La grande, l’inévitable question qui est posée à l’Eglise est celle de la vocation permanente du peuple juif, de sa signification pour les chrétiens eux-mêmes. Il ne suffit pas de découvrir la richesse de notre patrimoine commun. Peu à peu, à la suite du Concile Vatican II, l’Eglise, sans rien perdre de son originalité, prend conscience qu’elle est d’autant plus verdoyante qu’elle vit de sa racine juive. La pérennité du peuple juif n’entraîne pas seulement pour l’Eglise un problème de relation extérieure à améliorer, mais un problème intérieur qui touche à sa propre définition.

             Cette relation, qui ne peut être vécue que comme une tension sereine, n’est-elle pas l’un des éléments de l’histoire du salut ? Comme dans la parabole, elle rappelle qu’aucun des deux fils ne peut s’emparer de la totalité de l’héritage: chacun est pour l’autre, sans jalousie, témoin de la gratuité de la miséricorde du Père. Elle est aussi une exigeante émulation entre celui qui attend un Messie à venir et celui qui attend son retour. Frans Rosenweig, après avoir cité Midrash qui dit: “A la mort du juif, il ne lui sera posé qu’une seule question: As-tu espéré en la rédemption ?” ajoutait: “Toutes les autres questions sont pour vous, chrétiens. D’ici là, ensemble, préparons-nous dans la fidélité à comparaître devant le Juge céleste.”

            De telles perspectives sont encore peu familières à nos mentalités, voire à notre ecclésiologie. Mais c’est de ce côté-là, me semble-t-il, qu’il nous faut avancer sur un terrain exégétique difficile à explorer. Sinon, le dialogue judeo-chrétien demeurera superficiel et plein de restrictions mentales. Tant que le judaïsme restera extérieur à notre histoire du salut, nous serons à la merci de réflexes antisémites. Nous devons aussi regarder la rupture des origines entre Israël et l’Eglise comme le premier shisme, le prototype des shismes au sein du peuple de Dieu.

Cardinal ETCHEGARAY

 

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