Chrétiens et Juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

IDENTITE ET VOCATION

Seconde partie : La vocation du Messie

Une étude de Joël Putois

SOMMAIRE DE CETTE SECONDE PARTIE

Chap. 3: La Vocation du Messie

-  Préparation et Accomplissement de la fin des temps

-  Un Messianisme d'Expiation-Réparation

           a - Genèse Messianique

           b - Restauration Messianique de l'Humanité

           c - Double Vocation Messianique Souffrante

-Un Messianisme de Glorification-Salut

 

Epilogue: Identité - Vocation

 

Préparation et accomplissement de la fin des temps

Car, à compter de cette Pentecôte, venue de l'Esprit Saint en plénitude sur chacun des disciples, hommes et femmes, qui étaient présents, tous ont pénétré ce mystère d'identité et de vocation. C'est leur culture-tradition juive qui le leur a permis. Pour en saisir la substantifique moelle, il nous faut jeter un regard synthétique sur toute la Bible, remonter à Moïse ... et même plus haut dans le temps, notamment à Joseph, fils de Jacob, vendu par ses frères, qui leur pardonne et les sauve ...

Moïse proche de sa mort avait annoncé à son peuple la venue future d'un `' ...prophète comme moi que le Seigneur ton Dieu te suscitera du milieu de toi , d'entre tes frères. C'est lui que vous écouterez » (Deutéronome 18. 15)

Moïse n'avait pas précisé quelle serait la mission de cet autre « prophète comme lui » ! Mais une tradition juive s'est établie , qui remonte en pensée au patriarche Jacob et à ses fils et en a tiré la conclusion qu'il existait en fait deux voies messianiques, que deux Messies étaient attendus, l'un « fils de Joseph » et l'autre «de la lignée de Juda et David» (Note 1).

Pour les disciples de Jésus, la vocation comme l'identité du Maître étaient pour le moins floues. Certes il était le Messie attendu par Israël, donc bien plus qu'un prophète. Cependant les disciples qui s'en retournaient désabusés, chez eux à Emmaüs, au soir de Pâques, le qualifient ainsi nettement devant l'inconnu rencontré en chemin, qui les interroge sur l'objet des propos, qu'ils échangeaient l'air sombre :

    `' Ce qui concerne Jésus de Nazareth qui fut un prophète puissant en action et en parole devant Dieu et devant tout le peuple ...'' (Luc 24. 20)

Certes, Jésus est apparu au Christianisme bi-millénaire tout autre qu'un prophète analogue à Moïse ou à ceux dont l'Eternel a parsemé l'histoire de son Peuple élu. Mais les disciples du Christ le percevaient cependant comme tel. Et nombre de textes du Nouveau Testament présentent Jésus comme un nouveau Moïse, un Moïse des temps de la fin, lui aussi libérateur d'un joug étranger brutal et païen, initiateur-médiateur, entre Dieu et désormais tout homme de toutes nations, d'une Alliance renouvelée à jamais inscrite avec ses commandements dans les cœurs.

La foi du Christianisme témoigne, elle aussi, d'une double venue du Messie. D'abord celle d'un « Messie Souffrant », qui ouvre sur toute l'humanité une ère messianique de préparation de la fin des temps, ère marquée d'épreuves, de guerres et de tribulations de toutes sortes (Matthieu 24. 4 et ss.). Ensuite seulement celle du « Messie Glorieux » dont la mission est enveloppée d'un mystère tout particulier, mais qui correspond à l'accomplissement final du Plan de Dieu. Cet accomplissement comportera l'amorce de l'harmonie planétaire générale de la Parousie, annoncée par les prophètes (Isaïe 11.6 et 65.25). Mais, elle manifestera ensuite, au bénéfice de l'humanité toute entière, la Glorification divine dont le Christ après sa Résurrection a été le bénéficiaire prototype et le paradigme.

Il a fallu aux Chrétiens le recul du temps pour entrevoir les articulations complexes de cette vocation messianique de Jésus.

 

Un Messianisme d'Expiation-Réparation

a - Genèse Messianique

Le Plan de Création-Salut conçu par l'Eternel, s'est trouvé compromis par l'infidélité-défection d'Adam-Eve, auquel il avait confié l'immense mission d'accomplissement des fruits du Jardin de l'Eden et de gestion des Vivants. L'humanité émanée du Souffle du Créateur sur la poussière du sol-Adamah (Genèse 2. 7), et donc animée d'une étincelle de vie divine et éternelle, puisque émanée de Dieu, s'est trouvée par son orgueil déviée de l'axe du plan du Créateur.

Du fait de la faute, et de l'expulsion du premier couple humain de ce Jardin de l'Eden, il devenait impensable que la créature humaine puisse un jour faire retour à Celui dont elle était issue. Or, l'Eternel étant seul éternel, ce qui a commencé doit un jour trouver sa « fin », aux deux sens du terme : soit sa fin-disparition-mort-échec définitifs, soit sa finalité selon le Projet de Dieu, c'est à dire son accomplissement heureux, que l'on appelle le Salut.

Lorsque je médite le mystère de cette Trinité du Père, du Fils et de l'Esprit Saint, je crois comprendre que ce Fils est cette Personne-Projet-Homme, né du Père avant tous les siècles (Credo de Nicée), puis « incarné » peu à peu dans l'humanité concrète et en premier lieu en Adam-Eve, puis en toute la descendance humaine, et sur laquelle Dieu n'a cessé au long de l'histoire biblique de déverser des torrents d'amour, de sollicitude, de corrections, de redressements, de relèvement, de pardon-miséricorde, le tout représentant le permanent « secours » de l'Esprit Saint. Ce secours était indispensable pour guider, comme la nuée du désert, la marche du peuple-humanité jour après jour. Mais, pour rouvrir à cette marche l'issue finale, que nous appelons Salut, une initiative divine nouvelle par l'Esprit Saint était nécessaire.

Car l'homme-Adam avait opté pour la rupture de communion spirituelle avec Dieu. En conséquence, toute sa descendance connaissait la mort. Une intuition de la pensée juive doit être citée ici, car elle est précieuse pour ce débat. Divers auteurs du Talmud et d'autres commentateurs ont écrit que toutes les âmes de tous les hommes de tous les temps étaient contenues dans l'âme d'Adam. L'apôtre Paul en tire la leçon en disant :

    `' ...par un seul homme, par la faute d'un seul, la mort a régné ...ce fut pour tous les hommes la condamnation ...'' (Romains 5. 17-18)

Et Paul complète ainsi sa vue du Plan divin pour la réouverture des voies du Salut, par ce verset déjà cité plus haut, mais qu'il faut rappeler :

    "Quand est venu l'accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme et assujetti à la Loi, pour payer la libération de ceux qui sont assujettis à la Loi , pour qu'il nous soit donné d'être fils adoptifs." (Galates 4. 4)

     

Nous retrouvons là comme vocation ce qui a été plus haut esquissé comme identité de Jésus de Nazareth. Il est, cette fois en plénitude, l'incarnation dans le sein d'une jeune fille juive de Nazareth, sous le règne de l'empereur Tibère, de ce « Projet-Fils aimé de Dieu et partageant sa Gloire avant que le monde fût » (Jean 17. 24 et 5). Et pour l' incarnation de ce Fils Incarné-Jésus, que Paul appelle le Dernier Adam, l'Eternel a soufflé son Esprit-haleine de vie divine sur cette humble Marie. Celle-ci apparaît comme la personnification de tout Israël, Peuple Elu depuis Abraham en vue notamment de cette shekhina exceptionnelle.

Le processus d'incarnation de ce Dernier Adam n'est guère différent dans son principe de celui suivi pour l'engendrement du Premier Adam. Pour celui-ci l'Eternel a soufflé son haleine de vie divine sur la poussière du sol-Adamah et Adam est devenu un être `'vivant''. La même haleine de vie soufflée sur Marie-Nouvelle Adamah a engendré le Messie-Dernier Adam que Paul qualifie d'être `'vivifiant''.

En vue de quoi ? C'est tout le message biblique qui répond à cette question majeure.

b- Restauration Messianique de l'humanité, selon deux voies :

un Messie nommé Joseph et un Messie fils de Juda.

Un récit biblique est particuliè-rement précieux pour permettre d'entrer dans ce mystère de la vocation messianique. Il occupe la fin du Livre de la Genèse traitant de Joseph et de ses frères.

On connaît cette histoire de Joseph vendu par ses frères jaloux et devenu miraculeusement vice-Pharaon d'Egypte. Rappelons brièvement les péripéties qui suivent ; la famine en Canaan oblige les dits frères à venir acheter du blé en Egypte où Joseph a pris soin d'accumuler des stocks durant les sept années de « vaches grasses ». Joseph en habit de dignitaire égyptien, qui n'est pas reconnu par les siens, les soumet à des épreuves successives. Notamment il retient comme esclave le plus jeune frère Benjamin, le préféré du vieux père Jacob resté au pays. Et il renvoie les autres frères.

Mais, Juda, l'un d'eux, supplie le dignitaire de le prendre, lui, à la place de Benjamin et il motive cette supplique de façon poignante :

    " Comment, en effet, pourrais-je remonter vers mon père, si cet enfant n'est pas avec moi ? Que je ne vois pas le malheur qui atteindrait mon père ! Dès qu'il verra que l'enfant n'est pas avec nous, il mourra `' ( Genèse 44 . 30 à 34 )

    Le texte de la Genèse continue ainsi : "Joseph ne put se dominer. Il fit sortir tous les Egyptiens présents, y compris l'interprète, et sanglota ", puis il dit à ses frères : " Venez près de moi ... Je suis Joseph , votre frère, que vous avez vendu en Egypte. Mais, ne vous affligez pas maintenant et ne soyez pas tourmentés... car c'est Dieu qui m'y a envoyé avant vous pour vous conserver la vie. " ( Genèse 45 . 4 et 5 )

     

Juda avait juré sur sa vie à son vieux père qu'il lui ramènerait Benjamin. Il a donc offert, sa vie pour sauver celle de son frère. Il manifeste ainsi l'amour qu'il éprouve pour son père qu'il ne veut pas voir mourir de chagrin. Savoir sacrifier sa vie au profit d'un frère, pour l'amour de son père, c'est bien ce qu'a fait ce Juda, Et ce don de sa vie a amorcé la réconciliation de Joseph et de ses frères. Des rabbins, faisant l'exégèse de ce magnifique texte biblique, ont fait ressortir diverses perspectives messianiques passionnantes.

Cette fin du Livre de la Genèse pose le problème et les voies d'un retour à la fraternité humaine détruite, au début du même Livre, d'abord par l'orgueil d'Adam et Eve, puis par e meurtre d'Abel.

Cette réconciliation de Joseph et de ses frères préfigure celle à intervenir un jour :

- entre les nations païennes, symbolisées par l'Egypte et représentées ici par Joseph,

- puis entre ces nations païennes et le Peuple Élu représenté par Juda et les autres frères.

La réussite de cette entreprise de réunification de l'humanité c'est, disent certains rabbins, l'avènement du Messie qui en sera l'agent ou le fruit . Mais dans cette optique, il s'agit d'un messianisme selon deux voies convergentes :

- d'abord celle de Joseph qui vise à re-spiritualiser les `'Nations'' de l'intérieur d'elles-mêmes et, par là, à restaurer une harmonie planétaire,

- ensuite, celle de Juda qui tend, elle aussi, à cette re-spiritualisation des Nations, mais à partir de l'expérience originale aussi bien qu'exemplaire d'Israël, cette expérience du Peuple Élu faisant `'tache d'huile-osmose spirituelle'', à l'égard des Nations et aboutissant à une transfiguration de la condition humaine individuelle elle-même.

Cette présentation de l'avènement messianique en deux voies - convergentes certes, mais distinctes et personnifiées par deux Messies différents - peut paraître étrange aux chrétiens. Mais, elle est caractéristique de la pensée hébraïque. Celle-ci, nous l'avons vu, personnifie souvent des concepts abstraits relatifs à la présence active de Dieu au sein de sa Création. Mais la spiritualité juive n'est jamais dupe de ce qui n'est qu'un langage. Elle reste fidèle à l'unicité absolue de Dieu et donc de son dessein.

Qu'est-ce que tout cela peut vouloir dire aux chrétiens et aux esprits structurés selon des fibres occidentales ?

Pour ceux-ci, Jésus apparaît à l'évidence comme une synthèse de ces deux voies et finalités messianiques. Mais, il nous faut analyser soigneusement ce récit dont les éléments ne sont pas articulés selon des structures de pensée cartésiennes.

c- Double Vocation Messianique Souffrante

Juda apparaît comme une préfiguration du Messie Souffrant qui, par amour pour son père, offre sa vie en rançon pour son frère. Et cette offrande scelle la réconciliation de Joseph et de ses frères et ouvre sur toutes les conséquences heureuses qui vont en résulter pour Jacob et tous les siens.

Mais Joseph est aussi à sa manière un Juste Souffrant, vendus par ses frères, qui finalement leur pardonne et par là les sauve.

Ces deux voies messianiques sont différentes :

Juda offre d'expier la faute des fils de Jacob livrant leur frère Joseph. Et , par son sacrifice, il amorce leur conversion, qui rétablit la cohésion de la descendance d'Abraham.

Joseph en est pour partie l'artisan. Mais il est également l'instrument d'une harmonie établie entre les Nations païennes, représentées par l'Egypte, et la descendance d'Abraham, racine du Peuple Elu.

Après le pardon de Joseph à ses frères, Pharaon dit à ceux-ci :

    `' Allez, gagnez le pays de Canaan et prenez votre père et les vôtres, puis revenez vers moi pour que je vous offre les délices du pays d'Egypte'' (Genèse 45. 17-18)

 

Selon le Nouveau Testament, Jésus assume aussi deux voies messianiques analogues, que Paul synthétise en quelques versets :

    `' Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave, ni homme libre ... car tous vous n'êtes qu'un en Jésus-Christ. Et si vous appartenez au Christ, c'est donc que vous êtes la descendance d'Abraham. Selon la promesse, vous êtes héritiers''. (Galates 3.27 à 29)

    `' C'est lui, en effet qui est notre paix. De ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation, la haine ... Il voulu ainsi, à partir du Juif et du païen créer en lui un seul homme nouveau en établissant la paix, et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps au moyen de la croix ...''(Ephésiens 2.14 ss.)

Et ce message vient jusqu'à nous aujourd'hui. Savoir sacrifier sa vie à son frère et lui pardonner pour l'amour du Père commun, c'est bien ce qui est attendu par Dieu de chaque croyant, notamment de chaque baptisé. C'est ce dont Juda et Joseph avaient tracé la voie au temps des premières péripéties de l'Alliance. C'est ce que Jésus par sa croix a porté à son accomplissement plénier pour les temps de la fin...

Mais, si exceptionnelle qu'elle apparaisse déjà ainsi, la vocation messianique essentielle de Jésus était, en fait d'une tout autre ampleur dans le dessein final de Dieu.

 

 

Un Messianisme de Glorification

La question suivante a été, dit-on, posée un jour à St Thomas d'Aquin : «  Si Adam et Eve n'avaient pas commis la faute, Dieu aurait-il néanmoins dû envoyer un Messie ? » Et Th.d'Aquin aurait alors répondu : « Il est impossible de répondre... ! »

On dit également que son disciple et successeur, Duns Scott, placé devant la même question aurait dit :  Oui, bien sûr, un Envoyé exceptionnel de Dieu était nécessaire pour conduire l'histoire de la Création et du Salut à son accomplisse-ment ultime ».

Une telle réponse, nous semble traduire l'issue nécessaire de toute la révélation biblique. La foi en la venue d'un Messie est vivante dans l'attente juive depuis les derniers siècles avant l'ère chrétienne. La foi en Jésus Messie est l'âme du Christianisme, mais elle l'est doublement car le Chrétien, depuis vingt siècles, attend le retour glorieux de ce Messie Jésus. Le Nouveau Testament y fait maintes allusions. Deux anges le dirent aux disciples lors de l'Ascension :

    `' Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel `' (Actes 1. 11)

Jésus lui-même insiste très souvent non seulement sur ce futur retour, mais surtout sur la « gloire » qui sera alors manifestée, la Gloire du Père, la gloire du Fils de l'homme et la gloire-Salut des disciples.

    `' Vous n'achèverez pas de parcourir les villes d'Israël avant que ne vienne le Fils de l'homme''. (Matthieu 10. 23)

    `' Tenez-vous prêts, car c'est à l'heure que vous ignorez que viendra le Fils de l'homme `'. (Luc 12. 40)

    `' Le Fils de l'homme, lorsqu'il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? (Luc 18. 8)

    `' Alors on verra le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel `'.(Luc 24: 27)

    `' Le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges''.

    (Matthieu 16. 27)

    `' Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous ses anges, alors il siégera sur son trône de gloire'' (Matthieu 24. 31)

    `' L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié''. (Jean 12. 23)

    `' Père, l'heure est venue, glorifie Ton fils, afin que Ton fils Te glorifie et que, selon le pouvoir que Tu lui as donné sur toute chair que Tu lui as donnée, il donne la vie éternelle à tous ceux que Tu lui as donnés. Or la vie éternelle, c'est qu'ils Te connaissent ''. (Jean 17. 1 à 3)

 

Tout le mystère de « l'Incarnation en vue du Salut » est résumé dans ces quelques versets. Et Jésus précise devant ses disciples, quelques instants avant sa Passion, que tel était le Plan de Dieu dès avant la Création, Plan qui se trouve donc « accompli » :

    `' Maintenant, Père glorifie-moi auprès de Toi de cette gloire que j'avais auprès de Toi avant que le monde fût''. (Jean 17. 5)

     

     

EPILOGUE

Jésus proclame ci-dessus la conscience qu'il a de son Identité et de sa Vocation. Sans doute n'est-il pas inutile de l'expliciter un peu :

IDENTITE :

- Dieu dans sa gloire, avant que la Création fût, a engendré ce Fils et « en lui» a créé tout ce qui existe et au sommet de tout l'Homme. C'est ainsi que l'apôtre Paul a enseigné cette identité du Christ :

" Dieu nous a élus en lui (Jésus) avant la fondation du monde." (Ephésiens 1. 4)

" Il est l'image du Dieu invisible. Premier-né de toute créature. Car en lui tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles comme les invisibles ... Tout a été créé en fonction de lui (Note 2) et pour lui. Et il est , lui, par devant tout. Tout est maintenu en lui et il est la tête du corps qui est l'Eglise ..." (Colossiens 1. 15 à 18)

- Avant son Incarnation dans l'humanité de Marie et d'Israël, ce Fils partageait la Gloire du Père. Il était « auprès du Père » lorsqu'Il créait, de même qu'était la Sagesse, selon le Livre des Proverbes, et comme le dit l'apôtre Jean dans le Prologue de son Evangile.

- Du fait de son Incarnation dans l'humanité, le  « Fils Incarné » est créé Jésus Fils de l'homme, partageant pleinement la misère de l'humanité tout entière. Et Paul va jusqu'à dire :

" Lui qui n'a pas connu le péché, Dieu l'a pour nous considéré comme péché, afin que en lui nous soyons justifiés par Dieu." (2 Corinthiens 5. 21)

A travers cette image audacieuse de Paul nous touchons l'extrême pointe de l'identité du Christ. Il a assumé totalement la condition humaine, sa nature et son hérédité pécheresse. Et sa fidélité-humilité effaçant la désobéissance-orgueil du Premier Adam, a conduit le Père à pardonner à toute cette humanité en la personne de Jésus-Dernier Adam.

Mais précisons encore que, comme rappelé plus haut, l'identité incarnée de Jésus a été manifestée (shekhina) par onction de la plénitude de l'Esprit Saint et de la Puissance du Très Haut venue sur l'humanité de Marie et (à travers elle) d'Israël. Et cette onction plénière divine a concerné la totalité de la personne humaine de Jésus, c'est à dire a été investie non seulement dans son âme / esprit mais aussi dans son corps (Colossiens 2. 9)

Par là, Jésus est totalement humain, mais du fait de cette plénitude d'Esprit de Dieu reçue, il est réellement le Premier-né d'une Humanité Nouvelle, celle des temps de la fin, enfin prête pour la divinisation eschatologique ...

Et par là, nous touchons à la vocation du Christ....

VOCATION :

Jésus est bien le prototype de l'Humanité Nouvelle. L'onction plénière de l'Esprit Saint qu'il a reçue, de façon « intra-utérine » si l'on peut dire, pour sa conception dans le sein de Marie, le disciple du Christ peut la recevoir dans la Pentecôte. Celle-ci le fait à l'image du Christ pour la vie éternelle.

N'est-il pas trop audacieux de s'exprimer ainsi ? Mais, c'est dans la ligne des enseignements du Nouveau Testament, lequel révèle cette Vocation du Christ selon deux voies :

1) "... et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée ...'': (Jean 17. 22)

Jésus l'exprime à sa manière, quelques instants avant sa Passion  en rappelant qu'il a reçu du Père tous pouvoirs de donner la vie éternelle à tous ceux que le Père lui a donnés. Et cette vie éternelle sera fruit de la "Gloire", celle de Jésus et celle communiquée par lui à ses disciples fidèles. Que signifie ce mot "Gloire" ? C'est le don d'amour et l'accomplissement du dessein de Dieu pour tous, c'est le partage de la Vie Divine elle-même.

Ainsi, à la fin des temps, selon l'expression familière, la « boucle aura été bouclée ». L'abîme de la distance ontologique creusée lors de la Création, par le fait même de l'acte créateur, entre la créature et son Créateur, se trouvera résorbé. Dieu restera Dieu, mais la créature glorifiée ne sera plus séparée de Lui par Sa Transcendance. Comment, dira-t-on, est-il possible de soutenir une perspective pareille ?

Mais, c'est encore une fois St. Paul qui l'affirme :

" ...comme tous meurent en Adam, en Christ tous recevront la vie ... ensuite viendra la fin quand il (Jésus Christ) remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute domination, toute autorité, toute puissance, car il faut qu'il règne, jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds ... Et quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à Celui qui lui a tout soumis, pour que Dieu soit tout en tous." (1 Corinthiens 15. 22 à 28)

Dieu tout en tous ... ! Voilà qui défie la raison, l'imagination et toute théologie même ! Mais Jésus à sa manière, l'a confirmé, notamment lorsqu'il demande à son Père que

" ...là où je suis, ceux que tu m'as donnés soient aussi avec moi et qu'ils contemplent la gloire que tu m'as donnée, car tu m'as aimé dès avant la fondation du monde." (Jean 17. 24)

" ...que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi , qu'ils soient en nous eux aussi ... et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un , comme nous sommes un, , moi en eux comme toi en moi ...'' (Jean 17. 21 à 23)

Jésus précise en quoi consiste cette glorification dont il fait état dans ces paroles mystérieuses ? Jésus a répondu :

"...Désormais, le Fils de l'homme siégera à la droite du Dieu Puissant." (Luc 22. 69)

Et l'apôtre Paul en explicite le processus à sa manière  :

" Il (Jésus) n'a pas considéré comme une proie à arracher d'être égal à Dieu ...Il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre et que toute langue confesse que le Seigneur c'est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père." ( Philippiens 2. 6 à 11)

Telle est la perspective du Salut offerte à ceux qui marcheront sur les traces du Christ, lequel a ajouté une précision capitale que nous soulignons dans le paragraphe suivant.

2) "...et moi, je le ressusciterai au dernier jour." ( Jean 6. 40)

Car ce Salut promis en Dieu n'est pas « fusion dans un Grand Tout » comme le projettent diverses spiritualités orientales. Il est Salut en Dieu de chaque créature, unique devant Dieu. Et pour cela chaque créature humaine vivra cette Gloire-Vie Eternelle avec son corps aussi.

La promesse n'est pas celle d'une immortalité de l'âme, Cela le paganisme gréco-romain en avait depuis quelques siècles découvert la réalité. Mais ce qui est annoncé par le Nouveau Testament est une résurrection-vie éternelle-glorification de la `'totalité'' de l'homme, corps, âme et esprit.

Le premier à avoir bénéficié d'une telle résurrection, pour entrer dans sa Gloire, est Jésus lui-même, que Paul appelle `'Premier-né d'entre les morts ...'' (Colossiens 1. 18). Mais, on s'en souvient, Paul avait explicité la manifestation de la plénitude de la divinité en Jésus Christ en spécifiant bien qu'elle concernait toute sa personne, corporellement aussi. Son `'corps `' ne pouvait donc pas après la Passion demeurer prisonnier de la mort, que précisément par son sacrifice en expiation du péché, il était venu vaincre et détruire. `' Le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort, car il a tout mis sous ses pieds''. (1 Corinthiens 15. 26)

La résurrection est donc promise à tous les disciples, puisque pour eux aussi la mort est désormais vaincue. Paul poursuit ainsi son enseignement et fait de cette résurrection une des bases fondamentales de la foi :

" Si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous." (Romains 8. 11)

Voilà l'issue offerte en Christ à tout homme de toute nation, s'il veut bien durant sa vie terrestre suivre la voie tracée par Jésus Messie : Partager sa gloire pour l'éternité ...

" ... nous sommes enfants de Dieu. Enfants et donc héritiers, héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ, puisque ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire (Romains 8. 16-17)

" J'estime, en effet, que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous ...'' (Romains 8. 18)

La voie à suivre est escarpée et la porte à franchir est étroite. Les forces humaines sont fragiles et celles du Mal sont redoutables. Jésus a bien prévenu ses disciples des épreuves inhérentes à cette fin des temps. Et il a ajouté : `' Celui qui tiendra jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé''.

Mais il a promis également de leur envoyer l'Esprit-Saint dont il a été lui-même tant assisté durant sa vie terrestre. Ceci est bien indispensable car leur Vocation n'est pas de transmettre une morale, ni une doctrine nouvelles, mais de tenir ferme et de vaincre dans le combat spirituel, qui se profile devant eux jusqu'à la fin des temps.

Joël Putois

Novembre 2002

 

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