Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

 L'Election : un mot piégé 

 

 

Par M.Fadiey LOVSKY

Paru dans YERUSHALAIM  n°7

 

 

         Je ne dis pas "les élections": il ne s'agit pas du fonctionnement de la vie démocratique, ni des candidatures qui surgissent à ce propos. Avouons-le d'emblée: c'est un mot aujourd'hui piégé. Aussi faut-il dissiper les incompréhensions courantes à propos de ce mot biblique. Car dans nos vies, les usages politiques en viennent à obnubiler l'enseignement de l' Ecriture.

         Les compétitions électorales nous incitent à exercer un choix entre des personnes, ou des groupes, qui se sont autoproclamés, qui se sont élus eux-mêmes afin de solliciter nos suffrages. En fait, on va voter surtout pour éliminer tel ou tel candidat, ou son parti. L'élection habituelle, c'est plutôt un non, contre X... qu'un oui en faveur de Y... Vous connaissez l'adage politique, en France en tous cas: "Au premier tour, on choisit; au deuxième, on élimine"

         Faut-il s'étonner dès lors, même si c'est affligeant, que le mot élection suscite dans l'esprit des gens l'idée d'un choix plus ou moins arbitraire? D'une décision partiale ? Et si quelqu'un, dans cette atmosphère, vient vous dire qu'Israël est le peuple élu, quel tollé ! Quelles indignations ! Quelle insulte pour les fanatiques de l'égalité! Quelles jalousies! Et quelles diatribes contre la Bible ! L'antisémitisme des chrétiens vient faire son miel dans le pseudo-scandale provoqué par l'idée même de ce peuple élu.

        

         Cette indignation, ou dans le meilleur des cas ces doutes, méconnaissent le dessein de Dieu et Sa souveraine liberté.

 

L'élection et l'Alliance

 

         L'Election biblique n'est pas un prix d'excellence morale et religieuse. Au chapitre 9 du livre du Deutéronome, et comme en préface de l'infidélité d'Israël dans l'épisode du veau d'or, on lit (version TOB):

         "Ecoute, Israël ! Tu vas passer aujourd'hui le Jourdain pour déposséder des nations plus grandes et plus puissantes que toi,... Tu vas reconnaître aujourd'hui que c'est le Seigneur, ton Dieu qui passe le Jourdain devant toi comme un feu dévorant,... Quand le Seigneur ton Dieu les aura repoussés devant toi, ne dis pas : "C'est parce que je suis juste que le Seigneur m'a fait prendre possession de ce pays .Ce n'est pas parce que tu es juste, ou que tu as le coeur droit que tu vas entrer prendre possession de leur pays; en vérité, c'est parce que ces nations sont coupables que le Seigneur, ton Dieu, les a dépossédées devant toi. Il l'a fait aussi pour accomplir Sa parole, comme le Seigneur l'avait juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. Reconnais que ce n'est pas parce que tu es juste que le Seigneur t'a donné ce bon pays en possession, car tu es un peuple à la nuque raide. Souviens-toi, n'oublie pas que tu as irrité le Seigneur, ton Dieu, dans le désert."

         L'élection ne consacre donc pas les droits de celui qui est élu. C'est un aspect, un instrument, en même temps qu'une grâce dans le dessein de rédemption de Dieu.

        

         A vrai dire, nous confondons trop souvent l'Election et l'Alliance bibliques. Selon Genèse 12 à 18, Dieu conclut une alliance avec Abraham, en lui faisant des promesses répétées. Mais, auparavant, il y a le choix même d'Abraham, et pas d'un autre. Le choix initial de cet homme et de sa postérité, cela nous étonne. Pourquoi Abraham ? Parce que Dieu l'a décidé. Dans cette élection, il y a la volonté libre de Dieu. La finalité de cette Election, ce sera l'Alliance.

         Election et Alliance ne sont pas deux réalités opposées, ni même autonomes; elles ont une relation permanente, l'élection exprimant la volonté première de Dieu, tandis que l'Alliance manifeste la conséquence incarnée de cette volonté divine. Dans l'Election biblique, l'élu ne demande rien. Il se sait indigne, mais il accepte, il croit la promesse que Dieu lui a faite et il espère ce que Dieu a promis.

        

         Dans l'Alliance biblique (comme en politique ou en diplomatie), il y a contrat. Quand l'une des parties ne tient pas les clauses de ce contrat, celui-ci peut se voir rompu. On est fidèle ou infidèle au contrat. mais n'allons pas trop vite dans nos réflexions logiques. N'oublions pas que dans l'Alliance biblique, les contractants ne sont pas sur un pied d'égalité. D'une part, il y a le peuple que Dieu admet dans Son Alliance; et d'autre part, il y a Dieu, qui garde Sa souveraine liberté (Deutéronome 11:30).

         L'alliance devient claire à cause du contrat. Mais l'élection est un acte de la pensée intime de Dieu, qu'on ne peut comprendre - qu'il s'agisse d'Israël ou de l'Eglise - que comme un mystère (Romains 11/25 ; Ephésiens 5/32). Je constate que Dieu a choisi. Il est le seul qui choisisse, et Il choisit qui Il veut. Non point par caprice. Cette élection a une finalité, parce que Dieu a un projet. Il élit Abraham gratuitement, dans un engagement irrévocable de miséricorde.

        

         Cette élection est une grâce universelle. Sa finalité concerne le monde, Dieu dit à Abraham : "En toi seront bénies toutes les nations". C'est que Dieu conclut une série d'alliances : avec Noé, avec Abraham, avec Moïse et Israël au Sinaï, avec David. Et Jérémie annonce une Alliance renouvelée où les chrétiens se retrouvent en Jésus-Christ (Jérémie 31/31-34)

 

         Mais chaque fois, c'est l'élection gratuite, par l'initiative de Dieu qui conduit à l'Alliance. Remarquons bien que Dieu ne supprime aucune de ces alliances. Elles sont autant d'aspects successifs, additionnés, de son dessein. Et s'il y a beaucoup d'alliés de Dieu dans ces alliances, il n'y a, toujours le même, qu'un seul Electeur : le Seigneur.

 

La fidélité de l'élection

 

         Dans l'Alliance, l'homme est, soit fidèle, soit infidèle. L'Ancien Testament est rempli de témoignages sur l'infidélité d'Israël. L'histoire de l'Eglise est remplie de récits sur l'infidélité des chrétiens.

        

Quelle est la réponse de Dieu ? Divorce-t-Il ? Non ! L'Election, de la part de Dieu, c'est une fidélité, la fidélité de Celui qui élit ! On pourrait multiplier les textes qui l'affirment. Pour ne pas allonger, on ne prendra que le livre d'Osée.

         Dès le début (Chapitre 1 versets 2 & 3) l'infidélité et la rupture unilatérale de l'Alliance s'affirment dans la prostitution qui est une idolâtrie. Et que voit-on ? Le prophète épouse, sur ordre de dieu, celle qui est infidèle dans l'Alliance. Cet ordre de Dieu signifie que Dieu reste fidèle dans l'Election.

         Y a-t-il un donnant-donnant spirituel ? Celle qui est "non-aimée" dans l'Alliance provoque-t-elle la rupture de cette Alliance ? (1/6 ; 8/9). Eh bien, non !  Dieu renouvelle sa promesse, car Il est fidèle à l'élection (Chap.2/1) Mais Dieu ne ferme pas les yeux sur l'infidélité de l'épouse. L'initiative de Dieu, c'est d'être fidèle à l'infidèle. L'élection peut aller jusque là (Osée 2/16) ; c'est une initiative de la libre et gratuite grâce de Dieu, qui persévère dans l'élection (2/22).

         C'est cette persévérance de la fidélité de Dieu qui permet que l'Alliance soit en quelque sorte renouée (2/25). Les chapitres 3 et 4 d'Osée suggèrent que l'Alliance est toujours fragile, imparfaite. Dieu pourrait la rompre : ce serait juste d'un point de vue juridique. Il ne le fait pas à cause de l'élection, qui n'est pas une réalité juridique, mais spirituelle. On le voit bien en  Osée 5/15. La fidélité de Dieu dans l'élection est une souffrance, et un pari. Dieu mise sur ceux qui sont l'objet de cette élection. Si l'Alliance est renouée par l'homme, l'élection de celui-ci demeure ; et l'homme peut rétablir l'Alliance par sa repentance en ressaisissant la promesse (Osée 6/1-2). Mais il peut se refuser à cette repentance  (6-7 à 11 et ch.7) ce qui accentue la souffrance de Dieu dans sa fidélité indéfectible (ch.8,9 et 10)

 

         L'élection est un acte d'amour. Avant l'Alliance du Sinaï, l'Election était manifeste parce que Dieu aimait son peuple (Osée 11/1-4 et 8-9)

 

 

L'élection, le reste et le tout …

 

         Saint Paul écrit dans sa lettre aux Romains (11:29) que "les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables”. Il écrit cette phrase lourde de sens , et si libératrice, "du point de vue de l'Election" (11/28), au moment même où il traite de l'endurcissement des Juifs et des Chrétiens (11/ et 20). A l'infidélité des élus répond la fidélité de Dieu. L'Electeur ne revient pas sur l'Election. Il ne s'en repent pas, Il persévère.

                  

         Cet entêtement sanctifié de Dieu se situe dans la stratégie de sa miséricorde. Par l'Election d'Israël, Dieu veut bénir l'humanité toute entière. Par l'Election de l'Eglise, Dieu approfondit cette bénédiction dans les nations du monde afin qu'elles connaissent cette miséricorde. C'est la stratégie du Reste. Dieu regarde le monde pécheur à travers le peuple d'Israël, constitué par l'Election en Reste de l'humanité et en faveur de celle-ci.

         On me dira : l'Ancien Testament raconte qu'Israël n'est pas fidèle, comme Osée vient de nous le rappeler. C'est vrai. Alors Dieu regarde, en faveur de l'ensemble d'Israël, le Reste d'Israël fidèle dans le peuple infidèle. Dieu connaît ce Reste, même si nous l'ignorons (Voir 1 Rois.19). Et c'est dans le Reste d'Israël que Dieu a adressé son appel aux premiers disciples de Jésus. Sur la croix, Jésus est le Reste même de l'Election en faveur de son peuple et de toute l'humanité. Par leur foi en Jésus, les Chrétiens sont, dans l'Eglise, le Reste des nations, en faveur du monde. C'est inouï, et incompréhensible d'un point de vue juridique, mais telle est la stratégie de Dieu dans l'Election.

 

         Qu'il s'agisse du peuple d'Israël ou de l'Eglise, nous n'avons pas à procéder à des enquêtes politiques, ou sociologiques, ou éthiques, sur le bien-fondé de leur Election pour établir s'ils ont mérité ce choix divin. (Le chapitre 9 du Deutéronome a déjà répondu à cette inquiétude ). Nous n'avons qu'à regarder d'abord  et constamment à l'Electeur, le Seigneur Dieu, sans nous laisser entraîner dans de stériles débats sur le mérite ou le démérite du peuple concerné par l'Election. Il faut avoir, dans cette recherche, l'équivalent d'une tentation, au détriment aussi bien des Juifs que des Chrétiens. Un piège, qui ne conduit qu'à s'éloigner de la libre volonté de Dieu. Car dans l'Election, c'est à Lui qu'il faut regarder, et c'est Lui qui en explicite la signification. Peut-être, faut-il, ici, préciser un point qui concerne les Chrétiens : nous serions d'autant plus coupables de nous ériger en juges de ceux qui sont l'objet d'une élection "irrévocable (Romains 11/29) que nous participons nous-mêmes à cette grâce et que nous en sommes aussi l'objet : "Frères, redoublez d'efforts pour affermir votre vocation et votre Election"...(2Pierre 1/10).

 

         En réalité, l'Election détermine, pour ceux qui en sont l'objet, un service, un ministère, un sacerdoce en faveur des autres, pour qui c'est une grâce et non un jugement. Dieu  ne condamne personne dans l'Election, Dieu ne repousse, ni ne rejette ceux qu'Il n'a pas "élus": ni les nations, ni les non-chrétiens. C'est en faveur de tous que Dieu recourt à l'Election.

 

         Dieu veut sauver le Tout, c'est à dire toute l'humanité avec toutes ses nations. Par l'Election, Dieu se sert d'Israël et de l'Eglise pour s'adresser à la totalité des hommes.

 

L'amour

 

         Ce serait inexplicable si Dieu n'était pas Amour. Dans son Amour du monde, Dieu invente l'Election. Il aime Israël et ce faisant, Il aime le monde. Il aime le Reste d'Israël et ce faisant, Il continue à aimer Israël. Il aime l'Eglise, et le Reste dans l'Eglise, et ce faisant, Il aime les nations. L'Election est un signe, une marque, une manifestation de l'Amour de Dieu pour le monde.

         De même que l'Amour désigne le sommet de la grâce, mais aussi, dans nos sociétés, se confond-il avec la prostitution, ainsi le mot Election signifie-t-il l'Amour universel de Dieu pour tomber, dans l'usage courant, dans des magouilles électorales.

         Aucun de nous ne mérite la grâce de l'Election. Pourquoi moi? Pourquoi? Nous ne sommes pas tellement meilleurs que ceux qui n'appartiennent ni à Israël, ni à l'Eglise. Nous connaissons parmi ceux-ci, des gens meilleurs que nous. Ce sont, comme disent les Juifs, "les Justes des nations". L'Election doit être reçue dans l'humilité, et dans le service, parce qu'elle est le moyen de l'Amour et de l'espérance de Dieu pour le monde.

 

 

F. Lovsky

 

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