Chrétiens et Juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

L'Alliance de l'élection  
par le père Jean-Miguel GARRIGUES
 
Extrait du livre "Ce Dieu qui passe par des hommes" tome 1 ©  Editeur MAME, 1992
 
Paru dans Yerushalaim n°15 – Avril 1998

 

En Abraham, Isaac et Jacob,

Dieu, par l'alliance de l'élection, crée Son peuple

 

         Ce Dieu qui passe par les hommes veut rassembler tous les hommes. Il ne peut pas se contenter de l'alliance de Noé, car il ne peut pas se résigner à laisser l'humanité morcelée dans la diversité des nations et des religions. D'ailleurs, si les païens sont sauvés c'est parce que Dieu est intervenu personnellement dans l'histoire comme il l'avait promis dès après la chute en disant à Eve que sa descendance écraserait la tête du serpent (Cf. Gn 3,15).

         Dieu va donc poursuivre le but premier de son dessein bienveillant: l'unité de toute la famille humaine en communion d'amour avec lui. Il commence à rassembler les hommes à partir des nations en un seul peuple, son peuple, qui sera le témoin de son unicité, à lui, le Dieu unique.

 

Dans l'élection, Dieu ne choisit pas une nation préexistante

           

         Pour rassembler tous les hommes dans l'unité, Dieu ne choisit pas une nation déjà préexistante. Ce serait injuste. Les païens, et bien des chrétiens, le comprennent ainsi et ils se révoltent dans le secret de leur coeur contre le Dieu de la Bible à propos de l'élection d'Israël. Nous sommes tous au fond un peu jaloux de ce qui nous semble une iniquité de la part de Dieu. Pourquoi Israël plutôt qu'une autre nation ? Nous croyons qu'Israël a été choisi par Dieu dans une particularité nationale qui le différencie des autres nations. Or il n'en est rien. Nous ne comprenons pas qu'Israël n'est pas une nation choisie par Dieu mais qu'il est le peuple de Dieu issu entièrement de l'élection divine.

 

         En Isaïe, Dieu dit qu'il a créé Israël : c'est le même mot qu'emploie la Genèse pour la création des origines du monde et de l'humanité. Il indique une initiative absolue de Dieu, bien différente de son gouvernement providentiel mais indirect des nations à travers l'ordre angélique. "Je suis le Seigneur, votre Saint, le Créateur d'Israël, votre Roi" (Is 43,15; cf.44,7). L'élection n'est en fait que la reprise rédemptrice, après le péché, du dessein créateur de Dieu dans son but primordial: rassembler tous les hommes dans l'unité de la communion avec lui.

 

Dieu choisit un homme, Abraham, le père des croyants

 

         Comme pour la Création, Dieu veut passer, non par un groupe, mais par un homme dont il fait son interlocuteur et son partenaire dans l'alliance. C'est Abram, qu'il arrache à sa nation d'origine en Chaldée en lui faisant quitter "son pays et sa parenté" (Gn 12,1 préparé par Gn 11,31-32). Abram dont Dieu change le nom en Abraham, c'est à dire "Père d'une multitude de nations" (Gn 17,5). De cet homme qu'il a déraciné, Dieu fait un "hébreu" (Gn 14,13): c'est à propos d'Abraham que ce nom, qui sera un des noms du peuple de l'élection, apparaît pour la première fois dans la Bible. D'après l'étymologie, hébreu veut dire nomade, un de ces gens de passage, le contraire même d'une nation installée dans sa terre, dans sa langue, dans ses coutumes ancestrales et dans sa religion particulière. L'universalisme du dessein de Dieu se rouvre à nouveau quand Abraham, à son appel, "part dans la foi ne sachant où il va" (Hb 11,8)?

         Par son origine ethnique la descendance d'Abraham est moins qu'une nation. Les enfants d'Israël devront répéter une fois par an cette confession de foi : "Mon père était un Araméen errant" (Dt 26,4). Son origine raciale est mélangée, comme il arrive pour les gens de passage: "Ton père était amorite (c'est à dire sémite) et ta mère hittite (c'est à dire indo-européenne)" (Ez 16,3). Mais justement ce n'est pas sur une identité nationale que porte l'élection de Dieu, mais sur la foi d'Abraham qui fait de lui le père des croyants (cf Rom 4:16-17)

         Parce que l'élection ne vise pas une particularité nationale mais la foi dans le Dieu créateur et sauveur de la famille humaine, sa particularité n'est que le signe sacramentel de l'engagement de Dieu dans l'histoire des hommes à un moment de l'espace et du temps. La particularité d'Israël, loin de signifier par Dieu l'exclusion des hommes appartenant aux nations, est déjà le signe efficace de la bénédiction qui doit les rassembler en l'unique peuple de Dieu: "Je ferai de toi un grand peuple, (...) par toi se béniront tous les clans de la terre" (Gn 12,2-3).

 

L'élection appelle tous les hommes à se rassembler en Dieu.

 

         La descendance d'Abraham le croyant ne constitue plus une nation mais le peuple de Dieu qui est déjà potentiellement ouvert à tous les hommes. Dieu dit à Abraham: "Une nation (et il se reprend) une assemblée de nations naîtra de toi" (Gn 35,11). Assemblée traduit le mot hébreu Qahal, rendu en grec par le terme synagogé

-synagogue- ou ekklésia - église - .

         Le peuple de Dieu est constitutivement une synagogue. La définition de son identité est fondamentalement religieuse. Si tout au long de l'histoire, jusqu'à aujourd'hui, il n'y avait pas eu sans cesse des juifs croyants, des juifs pratiquants leur foi, l'identité du peuple de Dieu se serait perdue depuis longtemps, comme celle des nations contemporaines de son origine dont nul ne parle plus. Même dans les périodes de l'histoire d'Israël où il a eu une existence nationale à travers un Etat, comme c'est le cas aujourd'hui, l'identité juive ne repose en dernière instance que sur la définition religieuse du peuple de Dieu.

         Il y a des juifs de toutes races - depuis les sémites du Yémen jusqu'aux noirs d'Ethiopie, - de toutes langues et toutes nations, aujourd'hui comme au jour de la Pentecôte (cf. Ac 2,5-11). L'identité d'Israël est une vocation sacerdotale au service du dessein de Dieu visant l'unité du genre humain: "Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres et une nation sainte(1)" (Ex 19,6).

         "Scrutant le mystère de l'Eglise, le concile (Vatican II) rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament avec la lignée d'Abraham(2)". Le peuple synagogal, embryon de l'unité de toute l'humanité, est "la racine qui porte" (Rm 11,52). Le concile nous dit à ce propos que l'Eglise "se nourrit de la racine de l'olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l'olivier sauvage que sont les païens(3)". Les deux rassemblements du peuple de Dieu sont inséparables car ils expriment le même engagement de Dieu dans l'histoire pour accomplir la communion de tous les hommes entre eux et avec lui.

 

L'alliance de l'élection repose sur la fidélité de Dieu

 

         Le peuple de Dieu découle sans cesse de "l'alliance perpétuelle (de Dieu avec Abraham) de génération en génération" (Gn 17,7). C'est ce que la Vierge Marie chante aussi à la fin de son Magnificat: "Dieu se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa descendance à jamais." L'alliance de l'élection repose entièrement sur la fidélité de Dieu à sa parole et non sur une descendance naturelle qui serait d'abord biologique. Pour cette raison, il ne faut pas traduire dans le Magnificat: "en faveur d'Abraham et de sa race à jamais", car l'élection ne repose pas sur une race issue charnellement d'Abraham; mais bien : "en faveur d'Abraham et de sa descendance à jamais". Cette descendance dépend entièrement de la fidélité de Dieu à la promesse qu'il a faite à Abraham.

         La preuve de cela est que le signe de l'appartenance à l'alliance de Dieu avec Abraham n'est pas dans la filiation naturelle mais dans la circoncision. C'est un signe sacramentel (4) qui est de l'ordre de la grâce et non de la nature (cf. Col 2,11-12). Dieu le dit clairement à Abraham: " Qu'il soit né dans la maison ou acheté à prix d'argent à un étranger qui n'est pas pas de ta race, on devra circoncire celui qui est né dans ta maison et celui qui est acheté à prix d'argent" (Gn 17,12-13). Et en contrepartie: "L'incirconcis, le mâle dont on n'aura pas coupé la chair du prépuce, sera retranché de ta parenté" (Gn 17,14). La parenté biologique n'est rien par elle-même: tout repose sur l'alliance et sur la fidélité de Dieu dans l'élection.

         La postérité charnelle d'Abraham passe elle-même par une promesse défiant les lois de la nature. Abraham est un vieillard, Sara est stérile, comme après elle sont stériles Rébécca, l'épouse d'Isaac, et Rachel, l'épouse de Jacob (cf. Gn 18,10-12; 25,21; 30,1-2; Rm 9,7-8). Même la descendance biologique d'Abraham est suspendue à un don de la grâce de Dieu. De même la postérité d'Abraham, parce que Dieu y garde l'initiative, bouleverse les traditions immémoriales des nations au sujet de la primogéniture: Isaac le cadet est choisi de préférence à Ismaël l'aîné (cf. Gn 17,18-21), de même Jacob, cadet lui aussi, de préférence à son aîné Esaü (cf. Gn ,12; 27,36).

         Dieu va même jusqu'à demander aux patriarches de remettre entre ses mains l'objet même de la promesse. Abraham doit être prêt à lui sacrifier Isaac (cf. Gn 22, 2,7-8, 16-18); Isaac doit laisser partir Jacob en Chaldée dans des circonstances périlleuses (cf. Gn 27,11; 28,5) ; Jacob doit renoncer à ses enfants préférés, Joseph et Benjamin les fils de Rachel en Egypte (cf. Gn 37; 42-45). C'est un mystère de mort au désir charnel de s'assurer sa postérité par soi-même.

 

L'élection est un "don de Dieu sans repentance"

 

         Parce qu'elle repose uniquement sur la fidélité de Dieu à sa promesse, l'élection est, comme le dit saint Paul aux Romains, un de ces "dons de Dieu sans repentance" (Rm 11,28). En Abraham, Dieu a posé pour l'humanité un principe de rassemblement plus fort que le péché. Ce qui avait été rompu en Adam et Eve ne pourra plus l'être dans la descendance d'Abraham. Pour cette raison, dans l'ordre de la Rédemption, nous les croyants, nous sommes davantage enfants d'Abraham que d'Adam et Eve, nos premiers parents dans l'ordre de la création. Saint Paul nous dit le caractère indestructible de l'alliance de l'élection: "Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle car il ne peut pas se renier lui-même" (2 Tm 2,13).

 

         L'élection d'Israël est donc "un mystère" (Rm 11,25) qui subsiste même après qu'une "partie de lui se soit endurcie" (ibid.) et devenue "ennemie selon l'Evangile" (Rm 11,28) en refusant la bonne nouvelle messianique de la Rédemption universelle du péché, en Jésus Fils de Dieu fait homme. Même après cela, Dieu reste fidèle vis à vis d'Israël au "don sans repentance de l'élection" (Rm 11,28). Saint Paul est absolument catégorique en répondant par deux fois à cette question:  "Je demande donc: Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Certes non !" (Rm 11,1); et: "Je demande donc: serait-ce pour une vraie chute qu'ils ont achoppé ? Certes non !" (Rm 11,11).

 

         Cette certitude de Saint Paul sur la pérennité de l'élection d'Israël, même après le refus du Christ par une partie du peuple, s'accompagne d'une espérance d'ordre eschatologique concernant son illumination finale: "Une partie d'Israël s'est endurcie, jusqu'à ce que soit entrée la totalité des païens, et ainsi tout Israël sera sauvé" (Rm 11,25-26). Et un peu avant: "Si leur mise à l'écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur assomption, sinon la vie sortant d'entre les morts ?" (Rm 11,15). Saint Paul espère que le dessein de Dieu qui reste unique, dans le même mystère, en Israël et dans l'Eglise, trouvera au terme de l'histoire du salut la réalisation plénière de son unité.

 

De l'entrée dans l'élection à la substitution d'Israël par l'Eglise.

 

         Saint Paul enseigne aux Romains qu'Israël n'est pas rejeté par Dieu hors de l'élection et il leur dit cela "de peur qu'ils ne se complaisent dans leur sagesse" (Rm 11,25), en oubliant que "ce n'est pas eux qui portent la racine mais la racine qui les porte" (Rm 11,18) et en se "glorifiant aux dépens des branches" (Rm 11,18) du peuple de Dieu, ces juifs, endurcis par rapport à Jésus, que Dieu a "mis à l'écart" en ce sens que la bonne nouvelle de la Rédemption qui réconcilie le genre humain avec Dieu passe désormais par l'Eglise. Mais elle n'est pas rejetée, en ce sens que l'Eglise elle-même participe en Jésus à l'élection d'Abraham qui est à la source même d'Israël.

 

         Hélas le comportement des chrétiens au cours de l'histoire de l'Eglise manifeste un aveuglement et une infidélité séculaires à l'égard de cet enseignement de Saint Paul (5). Quand le concile Vatican II a voulu retrouver cet enseignement de Saint Paul, il n'a pas pu citer de textes issus de la tradition intermédiaire (6).

         Comment comprendre cette longue histoire de haine entre juifs et chrétiens ?Nous avons besoin pour cela d'une purification de notre mémoire qui charrie, même à notre insu, les ténèbres issues de tant de péchés. Mais pour cela nous devons humblement essayer de voir la vérité en face.

         L'hostilité entre juifs et chrétiens est issus des affrontements qui ont eu lieu au sein même du peuple d'Israël à cause de Jésus : une partie a cru en lui (cf. Ac 2,41-47; 4,4; 5,14; 6,1 et 7; 13,42-43; 21,20), une autre partie l'a refusé (Ac 7,57-58; 8,1-3; 9,1-2; 28,24). Cette hostilité va faire de la partie endurcie d'Israël une ennemie de la bonne nouvelle du Messie Jésus qui s'opposera avec violence à la prédication des apôtres et persécutera la vie de l'Eglise primitive (7). Cette hostilité est restée inscrite pour toujours dans ces écrits apostoliques qui constituent pour nous le Nouveau Testament (cf. surtout  Th 2,14-16).

         Seulement on oubliera vite que dans ce Nouveau Testament il n'y a pas d'un côté les juifs qui ne croient pas à la bonne nouvelle du salut, et de l'autre côté Jésus, la Vierge Marie sa mère, les apôtres. Que seraient donc ceux-ci ? Des païens peut-être ? Non, tout se passe entre juifs dans les Evangiles et même dans une grande partie du Nouveau Testament car Saint Paul commence toujours par adresser sa prédication de la bonne nouvelle aux synagogues, non sans un succès partiel (cf. Ac 13,42-43; 16,13-15; 17,4; 17, 10-12, 18,8 etc.). Le christianisme est né comme un phénomène essentiellement interne au peuple d'Israël (8). Nous l'avons reçu à travers des juifs, comme Jésus le dit de la manière la plus explicite à la Samaritaine : "Le salut vient des juifs" (Jn 4,22).

         Mais quand, au IIème siècle, l'Eglise, définitivement séparée de la Synagogue, n'est plus composée pour ainsi dire que de chrétiens venus de la gentilité, la mentalité change. L'hostilité des juifs à l'Evangile n'apparaît plus aux chrétiens comme l'endurcissement temporaire d'une partie du peuple de Dieu, mais comme le signe du rejet d'Israël par Dieu et son remplacement par l'Eglise, comprise à la fois comme "Eglise des nations" et "vrai Israël (9)". Cette théologie de la substitution de l'Eglise à Israël pervertit la théologie paulinienne de l'enracinement.

         Cette même Eglise du IIème siècle va cependant opposer une limite essentielle à cette dérive théologique en condamnant l'hérétique Marcion. Celui-ci opposait non seulement l'Israël nouveau de Jésus à l'Israël incrédule, mais à l'Israël de l'Ancien Testament, à ses Ecritures et à son Dieu vengeur. Il déracinait complètement l'Eglise de toute l'histoire du salut qui l'avait précédée en Israël. Du même coup, il allait jusqu'à opposer le Dieu sauveur, Père de Jésus, au Dieu créateur de l'Ancien Testament, et à nier la conception humaine du Christ en Marie pour oblitérer son origine juive.

         Marcion a été condamné et la vraie foi chrétienne sauvegardée dans l'Eglise. Mais un marcionisme mitigé reste encore latent dans beaucoup de consciences chrétiennes. L'Ancien Testament leur apparaît presque comme un simple échafaudage qui devient inutile quand s'élève l'Evangile du Christ. N'y a-t-il pas quelque chose de cela quand aujourd'hui dans certaines de nos églises, on se permet de supprimer la première des trois lectures bibliques de la messe dominicale ? Or la liturgie issue du concile Vatican II a choisi cette première lecture, qui est tirée de l'Ancien Testament, avec l'Evangile du jour pour qu'ils s'éclairent mutuellement. Supprimer l'Ancien Testament de la liturgie catholique, n'est-ce pas se faire les disciples de Marcion sans même en avoir conscience ?

 

De la substitution d'Israël à son humiliation

 

         Avec la fin des persécutions romaines et l'avènement d'un empire sacralement chrétien, on va passer progressivement de la théologie de la substitution d'Israël par l'Eglise à la pratique de son humiliation par les chrétiens. A partir du moment où l'on affirme que celui-ci a été rejeté par Dieu, ce rejet doit se traduire par une condition humiliée dans la société: ce sera le signe même de sa déchéance et, à contrario, de la véracité de l'Evangile.

         C'est ainsi que commence un "enseignement du mépris" vis-à-vis des juifs(10). On le retrouve, hélas, dans bien des passages des Pères de l'Eglise qui, dans leur polémique anti-juive due souvent à un prosélytisme concurrentiel, n'hésiteront pas à reprendre les diatribes des païens contre les juifs. Ils présentent ce peuple comme intrinsèquement pervers parce qu'inassimilable dans la société chrétienne. Ils oublient en cela que, peu de temps auparavant, au temps de l'empire romain pré-constantinien, les païens accusaient ensemble juifs et chrétiens de "haine du genre humain" à cause de leurs refus des institutions sociales marquées par l'idolâtrie (11). C'était le signe que l'un et l'autre apportaient au monde autre chose que le paganisme des nations. Or on va retourner cela contre Israël parce qu'il ne se confond pas avec l'Eglise.

         Dans cette volonté d'annexer Israël en l'humiliant, il  y a une mainmise sur "les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité" (Ac 1,7), selon les paroles de Jésus. C'est la tentation de l'hérésie millénariste qui hantera sans cesse l'Eglise au cours de son pèlerinage: voir dans une chrétienté donnée - empire chrétien, nations chrétiennes - l'accomplissement du Royaume de Dieu sur la terre, alors que celui-ci appartient à l'au-delà de l'histoire (cf. Jn 18,36). Comme Saint Paul dit que "le salut de tout Israël" (Rm 11,26) appartient au terme de l'histoire de l'évangélisation des nations (cf.Rm 11,25), la  permanence d'Israël apparaît comme un démenti de ce Royaume identifié à la chrétienté.

         Pour séparer au moins les chrétiens des juifs dans la chrétienté, la législation ecclésiastique va prendre des mesures croissantes dans l'ordre de la ségrégation et de l'humiliation de ces derniers. Le IVe concile du Latran en 1215 leur imposera des vêtements discriminatoires: ce sera la "rouelle", morceau d'étoffe rond cousu sur la poitrine, puis le chapeau jaune(12). Bientôt on ordonne de brûler les Talmuds (13). Plus tard on oblige les juifs à entendre une prédication de conversion au christianisme, parfois même dans leur synagogue(14). On va même jusqu'à permettre de baptiser leurs enfants par la force contrairement à l'enseignement d'un saint Thomas d'Aquin dans la Somme  Théologique(15). On ne voudra plus s'agenouiller lors des grandes prières d'intercession du Vendredi saint quand on priera pour les juifs alors qu'on s'agenouille pour toutes les autres intentions(16). Ce même Vendredi saint, dans certaines villes, est posé un acte "liturgique" qui résume tout cet "enseignement du mépris". A la porte  de la cathédrale un prélat fera venir un juif, souvent un chef de communauté ou un rabbin, pour lui donner un soufflet. D'après un chroniqueur chrétien du XIIe siècle, un de ces ecclésiastiques, à Toulouse, eut une fois la main si lourde - sans doute était-elle gantée de fer -  qu'il fit voler les yeux et la cervelle du juif(17). Et tout cela est raconté avec le plus grand naturel, comme allant de soi.

 

De l'humiliation d'Israël à la persécution de ses enfants

 

         Sur la base de cet enseignement théologique du mépris d'Israël et des comportements symboliques qui l'illustrent, la chrétienté antique et médiévale, composée souvent de gens frustes et superstitieux, passera vite à la persécution des juifs(18). Cette fois-ci, ce n'est plus l'Eglise comme telle qui agit, mais la chrétienté, car l'Eglise essaiera de s'opposer à ces persécutions.

         La chrétienté se conçoit comme l'accomplissement du Royaume de Dieu sur la terre. La permanence d'Israël signifie que le royaume de Dieu n'est pas encore là dans sa gloire eschatologique. Certains grands saints, comme Saint Grégoire le Grand ou Saint Bernard comprennent cela positivement(19). Si Israël refuse toujours le Christ Jésus, cela veut dire que le monde reste toujours à évangéliser. Les juifs sont là pour nous dire que le temps de l'histoire continue, que la mission de l'Eglise continue, que "la rémission des péchés doit être proclamée à toutes les nations, à commencer par Jérusalem" (Lc 24,47).

         Mais pour la majorité des chrétiens d'alors, il ne s'agit pas d'annoncer l'Evangile aux juifs dans la paix et le respect(20), il s'agit de les assimiler religieusement par la force. Cela commence pratiquement dès la fin du IVe siècle avec l'empire chrétien: on interdit la construction de nouvelles synagogues(21). Au VIe siècle, Justinien empereur d'Orient, interdit aux juifs l'usage du Talmud censé les empêcher de se convertir au christianisme (22). Du VIIe au Xe siècle, ce seront dans l'empire d'Orient une série de baptêmes forcés imposés à tous les juifs (23). Ils seront imités en cela par les rois wisigoths d'Espagne et les conciles de Tolède(24). Comment s'étonner qu'après cela les juifs d'Orient, d'Afrique du Nord et d'Espagne n'aient pas accueilli en libérateur l'envahisseur musulman ? Comment accuser de trahison ceux que l'on a traités en opprimés ?

         Désormais la méfiance règne à l'égard des juifs. Une discrimination croissante va peser sur eux dans la société du Moyen Age(25). Peu à peu, au cours des siècles, on leur interdit la propriété foncière, l'agriculture, l'artisanat, pour ne leur laisser au bout du compte que l'argent et la friperie des objets usagés. Parallèlement, comme on a interdit aux chrétiens le prêt à intérêt, on est bien content d'avoir des juifs sous la main quand on a besoin d'emprunter, quitte à les haïr ensuite comme usuriers: cercle vicieux épouvantable, véritable souricière économique. Finalement on les enferme dans des quartiers clos qui prendront le nom de ghettos (26).

         Comment s'étonner qu'avec une telle législation de ségrégation économique et sociale, une haine instinctive anti-juive se soit développée dans des populations chrétiennes ? A l'occasion des épidémies, on accuse les juifs d'avoir empoisonné les puits et on les massacre dans leurs juiveries (27). On les accuse, sur la base d'une crédulité populaire superstitieuse, de crimes rituels contre des enfants ou des hosties consacrées (28). En général, devant ces excès énormes, les papes interviennent (29). Or, toutes les fois que l'autorité ecclésiastique a fait faire des enquêtes, il a été impossible de trouver un fondement à ce genre d'affabulation (30).

         Une telle haine populaire ne pouvait qu'exploser de temps en temps en massacres du "peuple infidèle". Quand les croisades sont proclamées, avant de partir lutter contre les musulmans loin en Orient, on commence par se faire la main en tuant les juifs sans défense des villes chrétiennes que l'on traverse. Ce sera le cas, entre autres, dans tout la vallée du Rhin, lors de la première et de la deuxième croisade (31).

 

De la substitution par l'Eglise à l'usurpation messianique par des nations chrétiennes.

         Finalement avec l'apparition des nations chrétiennes souveraines, avec l'apparition de monarques qui, comme Philippe le Bel en France, évoluent progressivement vers la monarchie absolue en une sorte de messianisme royal, survient la tentation d'usurper l'élection d'Israël au profit d'une nation chrétienne. Toutes les nations chrétiennes, en accédant à leur souveraineté, vont subir d'une manière ou d'une autre la tentation messianique de se considérer comme le peuple élu, alors que le mystère de l'élection, c'est l'Eglise comme telle et elle seule qui l'a reçue en Jésus, Messie d'Israël.

         Cela commence tôt. Déjà au moment des croisades de la Gesta Dei per Francos, de la geste de Dieu à travers les Francs, comme s'il pouvait y avoir une alliance de type sacramentel entre Dieu et une nation. Ces rois très chrétiens, ces majestés catholiques, qui usurpent le mystère ecclésial de l'élection pour leur nation particulière, vont se heurter à la permanence d'Israël comme à un démenti insupportable et vont expulser les juifs de leurs royaumes. Ce n'est pas par hasard que les expulsions des juifs suivent l'ordre de prise de conscience des nations dans leur souveraineté : 1290 l'Angleterre, 1306 le royaume de France avec Philippe le Bel, 1492 - il y a exactement cinq siècles - les rois catholiques, Ferdinand et Isabelle qui viennent d'achever la reconquête et l'unification de l'Espagne (32).

         Même la Pologne, qui a accueilli d'abord, au XIIIe et XIVe siècles, beaucoup de ces juifs expulsés, à partir du XVIe siècle, et surtout du XVIIe et XVIIIe siècles, va céder à ce même rejet national anti-juif que l'on verra aussi en Russie (33). Ce n'est pas par hasard qu'il y a eu au XIXe siècle un messianisme national en Pologne, puis en Russie. Nous savons que ce dernier n'a pas été sans conséquences désastreuses pour le monde. Jusqu'à l'orée du XXesiècle il y aura des pogroms de juifs dans cette partie de l'est de la chrétienté européenne. Peut-on alors s'étonner que des juifs au XXe siècle aient accueilli la révolution bolchevique comme émancipatrice, de même que d'autres juifs avaient accueilli à bras ouverts les musulmans comme des libérateurs ?

 

Aujourd'hui, juifs et chrétiens dans l'alliance d'Abraham

 

         Nous n'en sommes plus là, mais notre mémoire, collective et personnelle, est loin d'être purifiée de cette histoire de haine et de sang et, ce qui est pire, de cette histoire d'horreur au quotidien qui a taché tant de siècles de chrétienté. Il est sûr que tous, juifs ou chrétiens, nous sommes pécheurs (34). Il y a eu une haine juive contre les chrétiens, comme il y a eu une haine chrétienne contre les juifs. Mais les conditions de l'histoire ont fait que pendant seize siècles ce sont les chrétiens qui ont eu le pouvoir de développer d'abord le mépris, puis l'humiliation, ensuite la persécution, enfin l'expulsion des juifs.

         Comment aujourd'hui être fidèle à cette alliance de l'élection donnée par Dieu à Abraham et qui nous rattache au peuple d'Israël (cf. Gn 3,14) ? Les chrétiens ne doivent jamais oublier que l'Eglise n'a pas à se substituer à Israël puisqu'elle est enracinée en lui, qu'une chrétienté n'est jamais le royaume achevé et qu'en conséquence le monde comportera des juifs tant qu'il sera encore à évangéliser(35). Les chrétiens doivent enfin ne pas prétendre usurper l'élection messianique d'Israël et de l'Eglise au profit de leur nation particulière. Cette élection, qui est le dessein de Dieu visant l'unité de toute l'humanité, est trop grande pour une nation. Elle est donnée par Dieu au peuple de Dieu, ce peuple dont la racine est en Israël et qui croît jusqu'aux extrémités de la terre à travers la mission universelle de l'Eglise.

 

NOTES

 

     1. En employant ici le terme de "nation", Dieu prend bien soin de dire "nation sainte"  pour signifier qu'elle est constitutivement différente des autres par son identité qui réside entièrement dans sa vocation sacerdotale de "royaume de prêtres". Dans la Bible le mot nation désignera parfois le peuple dans sa subsistance physique (cf.G,46,3). Mais celle-ci ne le définit pas et Moïse devra dire à Dieu irrité contre Israël : "Considère aussi que cette nation est ton peuple" (Ex 33,13). Les membres du sanhédrin craindront pour la survie physique du peuple exalté par la figure messianique de Jésus: "Les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu  saint et notre nation (Jn 11,47-48). Le grand prêtre Caïphe, de manière prophétique, propose la mort de Jésus pour le peuple (à la manière du Serviteur souffrant d'Isaïe 52,4-6) afin que la nation soit épargnée (cf. Jn 11,49-50).

     2. Décret Nostra aetate sur l'Eglise et les religions non-chrétiennes, 4

     3. Ibid. Citant Rm 11,17-24.

    4. On se souviendra que saint Thomas d'Aquin n'hésite pas à considérer la circoncision comme un des sacrements de l'ancienne alliance.

       5. Cf. L'ouvrage dont j'ai dirigé la publication, l'unique Israël de Dieu; approches chrétiennes du mystère d'Israël, éd. Critérion, Paris, 1987. Cf. Aussi Jacques Maritain, le Mystère d'Israël, éd. Desclée de Brouwer.

       6. Cela ne doit pas nous scandaliser. Aucun document du magistère suprême de l'Eglise (papes et conciles oecuméniques) n'avait abordé le mystère d'Israël sur le plan doctrinal avant le concile Vatican II. Les nombreuses bulles et canons conciliaires que nous citons plus loin ne sont que d'ordre disciplinaire et n'ont pas du tout le même caractère dogmatique. De même les diatribes des Pères de l'Eglise contre les juifs se situent toujours dans un contexte pastoral marqué par des circonstances historiques contingentes. Ces textes n'engagent pas l'Eglise de la même manière que quand celle-ci, s'étant penchée ex-professo sur le mystère d'Israël, déclare: "L'Eglise confesse que tous les fidèles du Christ, fils d'Abraham selon la foi, sont inclus dans la vocation de ce patriarche" (Nostra aetate,4). L'inclusion a remplacé la substitution.

       7. Cette hostilité a abouti au rejet par le judaïsme, religion reconnue par l'Empire romain, des disciples du Christ qui se trouveront ainsi livrés à la persécution des païens. L'entourage juif de Néron n'a pas été étranger à la facilité avec laquelle celui-ci a su discerner les chrétiens des juifs pour les massacrer à la suite de l'incendie de Rome en 64. Saint Clément de Rome au 1er siècle, saint Justin et le récit du martyre de saint Polycarpe au IIe siècle, témoignent entre autres de cette hostilité haineuse qui va jusqu'à la persécution (meurtre de Jacques le Mineur à Jérusalem en 63).

       8. L'ouvrage d'une juive agnostique, spécialiste du Talmud et de l'histoire d'Israël avant la destruction du deuxième temple en 70 av. J.C. Genot-Bismuth, Un homme nommé salut : genèse d'une hérésie à Jérusalem, Paris, 1986, éd. OEIL.

       9. Cf. Marcel Simon, Verus Israël, Etude sur les relations entre chrétiens et juifs, dans l'empire romain (135-425), Paris, 1964, éd. De Boccard. Cf. Aussi Le Judaïsme et le christianisme antique, Paris, 1968, PUF.

       10. Cf. Jules ISAAC, Jésus et Israël, Paris 1959, éd. Fasquelle, et l'Enseignement du mépris.

       11. Cf. François de Fontette, Histoire de l'antisémitisme, Paris, 1982, PUF, pp.26-29. Fédié Lovsky, L'antisémitisme chrétien, Paris 1970, ed. Du Cerf, pp. 28-29, 131-178.

       12. Pour tout ce qui suit, , cf.l'article très documenté et très nuancé "Juifs et Chrétiens" de K. HROBY dans le Dictionnaire du Catholicisme. Cf. Aussi de F. De FONTETTE, op. Cit. P. 62 et F. LOVSKY, op.cit pp. 179-230. En France le port de la rouelle fut imposé par Saint Louis en 1269. Cf. L.POLIAKOV, L'Etoile jaune, Paris 1949 pp. 14-17.

       13. Les papes Innocent IV en 1244, Jules III en 1553.

       14. Grégoire XIII en 1584, par la bulle Sancta mater Ecclesia, oblige les juifs à entendre une prédication dans une église. Cf. F. LOVSKY, op. Cit., pp. 209-211. Le concile d'Avignon en 1594 les ordonne dans les synagogues : cf. René MOULINAT, Les Juifs du pape, Paris 1992, p.76.

       15. Benoit XIV par la bulle Postremo mense de 1747.

       16. AMALAIRE de METZ, Patrologie latine, tome 105, col.1027, cité par F. LOVSKY, op. Cit. P. 194 et Pontificale Romanum saeculi XII, XXXI,6.

       17. Adémar de CHABANNES, Chronique III,LII (vers 1020) cité par F. LOVSKY, op. Cit., p. 191.

       18. Certains prélats ont parfois donné l'exemple comme Cyrille d'Alexandrie qui chasse les juifs d'Alexandrie au début du Ve siècle. Cf. F.LOVSKY, op. Cit. Pp.61-62.

       19. Pour saint Grégoire le Grand, cf. F. De FONTETTE, op. Cit. Pp.38-39. Pour saint Bernard, cf. Dom Jean LECLERCQ, Bernard de Clairvaux, Paris, 1989, ed. Desclée, pp.75-78.

       20. On retiendra cependant que le pape Alexandre III (1159-1181), se référant à des interventions analogues de Calliste II (1119-1124) et qu'Eugène III (1145-1153), interdit sous peine d'excommunication de forcer les juifs à accepter le baptême, de les mettre à mort sans jugement, de les perturber dans la célébration de leurs fêtes et profaner leurs cimetières. Cette bulle a été renouvelée et confirmée par toute une série de papes, en dernier lieu par Eugène IV (1431-1447). Cf. Article "Juifs et Chrétiens" du Dictionnaire du catholicisme, op. Cit. Col.1202.

       21. De Théodore 1er (379-395) à Théodose II (408-450) la législation anti-juive se renforce et est recueillie dans le Code Théodosien (438).

       22. Code Justinien (529 et 534).

       23. Cf. F. De FONTETTE, op. Cit. Pp.33.

       24. Ibid., pp.36-39.

       25. Cela commence en fait dès le IVe siècle dans l'empire chrétien: cf. F. De FONTETTE, op.cit., pp.30-31; mais se développe dans le Moyen Age occidental, ibid. Pp.59-61. Cf. Aussi F. LOVSKY, op. Cit pp. 323-350.

       26. Cf. F. De Fontette, op.cit, pp. 64-66; F. LOVSKY, op. Cit., pp. 219-223.

       27. "Lors de la Grande Peste de 1348, trois cents communautés juives furent anéanties en représailles de ce crime imaginaire" dans l'article cité du Dictionnaire du Catholicisme, col. 1201. Cf. F. LOVSKY, op.cit. pp. 231-276. Cf. F. De FONTETTE, op. Cit. Pp. 52-54.

       28. Cf. F. LOVSKY, op. Cit. Pp. 249-264; F. De FONTETTE, op.cit. pp. 48-51.

       29. Cf. Article cité du Dictionnaire du Catholicisme, col. 1202.

       30. Ibid., col. 1201-1202.

       31. Cf. De FONTETTE, op. Cit., pp. 63-64. Cf. F. LOVSKY, op. Cit., 45-48; F. LOVSKY, op. Cit. Pp.62-70. Article cité du Dictionnaire du Catholicisme, col. 1199.

       32. Cf. F. De FONTETTE, op. Cit., pp. 224-230.

       33. Cf. Article cité du Dictionnaire du catholicisme, col 1203 qui cite la terrible bulle de Benoît XIV De his quae vetita sunt judaeis (vers 1750) à l'épiscopat polonais.

       34. Lors de sa visite à la synagogue de Rome, le 13 avril 1986, le pape Jean-Paul II, après avoir entendu le président de la communauté juive de Rome rappeler la condition faite aux juifs pendant les siècles de chrétienté, y compris dans les Etats pontificaux, déclara ceci: "Cette rencontre conclut, d'une certaine manière, après le pontificat de Jean XXIII et le concile Vatican II, une longue période sur laquelle il ne faut pas cesser de réfléchir pour en tirer les enseignements opportuns. Certes, on ne peut pas, et on ne doit pas, oublier que les circonstances historiques du passé furent bien différentes de celles qui ont fini par mûrir difficilement au cours des siècles. Nous sommes parvenus avec de grandes difficultés à la commune acceptation d'une légitime pluralité sur le plan social, civil et religieux. La prise en considération des conditionnements culturels séculaires ne doit pas toutefois empêcher de reconnaître que les actes de discrimination, de limitation injustifiée de la liberté civile, à l'égard des juifs, ont été objectivement des manifestations gravement déplorables. Oui, encore une fois, par mon intermédiaire, l'Eglise, avec les paroles du décret bien connu Nostra aetate (n.4) "déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d'antisémitisme qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les juifs" ; je répète: quels que soient les auteurs". (La Documentation catholique, n° 1917, 4 mai 1986, p. 437). En répétant la formule du concile "quels qu'en soient les auteurs", le pape entend marquer que nul n'est exclu, même s'il est fils voire ministre de l'Eglise. Quant au verbe "déplore", qui exprime l'attitude de l'Eglise, il va bien au-delà d'une simple excuse de politesse: dans le latin deplorare il y a "pleurer". Oui, il faut déplorer ce passé qui fait pleurer le coeur de Dieu.

 

       35 .  Note de la rédaction de Yerushalaim: Nous nous permettons d'apporter une remarque au sujet de cette affirmation: l'auteur n'a jamais affirmé par cette phrase qu'il fallait évangéliser les juifs:  n'avait-il pas démontré en citant Saint Paul "qu'Israël n'est pas rejeté par Dieu hors de l'élection" ?  Il s'appuie sur le texte de Romains 11:25-26 "jusqu'à ce que soit entrée la totalité des païens",pour affirmer que la pérennité d'Israël est un signe pour les chrétiens du caractère inachevé de l'évangélisation des païens dont ils sont responsables.

Notre conviction, sur laquelle nous nous expliquerons prochainement est que, si on peut comprendre que l'évangélisation comporte la diffusion des Saintes Ecritures, les juifs devront être invités à participer à cette action: c'est ce que l'on voit d'ailleurs actuellement lorsque, dans une ville, les églises chrétiennes organisent ensemble une action pour faire connaître la Bible, par exemple en organisant une exposition biblique, les communautés juives locales sont appelées à s'y associer d'une manière ou une autre. D'ailleurs, si "évangélisation" signifie "proclamation de la Bonne Nouvelle de l'Amour de Dieu", ce message n'est-il pas déjà pleinement dans l'Ancien - nous devrions dire le Premier -  Testament ?

 

 

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