Chrétiens et Juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

LES RACINES DE L'ANTISEMITISME

Partie I

Avertissement : Voici la première partie du document présenté par le site internet Primo Europe (http://primo-europe.org/) qui constitue une longue étude sur les racines de l'antisémitisme. Pour des raisons de lisibilité, nous avons scindé cette étude en deux parties. Nous ne pouvons que vous encourager à IMPRIMER ce document afin de lire cette étude rigoureuse. Un document de référence réalisé par Jean-Daniel Chevalier que nous remercions chaleureusement !</b>

 

 

Introduction.

L'antisémitisme est un sujet qui se pose de façon récurrente depuis plus de 2000 ans. Il a déjà fait couler beaucoup d'encre, d'où le risque de faire du " réchauffé ". Pourtant, le sujet est d'une telle importance qu'il n'est pas superflu de le reprendre de temps en temps comme à nouveau pour faire le point et afin d'en discerner toujours mieux les tenants et aboutissants, avec toutes les implications que cela peut engendrer en ce début de XXIème siècle. L'antisémitisme est un racisme particulier de part le caractère élaboré de son argumentation, sa persistance dans le temps et par le fait que sa vigueur est sans cesse renouvelée. C'est un racisme qui existe à peu près sur tous les continents.

Tout d'abord, il faut redire que le terme " antisémitisme " est né au XIXème siècle vers 1880 et que son auteur, l'Allemand Wilhelm Marr, désignait l'hostilité à l'égard des Juifs. D'aucuns aujourd'hui expliquent que ce terme n'est pas pertinent car les Arabes entre-autres sont sémites. Or nous pouvons être amenés à parler de l'antisémitisme dans les pays arabes, ce à quoi certains répliqueront que cela n'a pas de sens. Aussi précisons dès maintenant que malgré son imperfection, chaque fois que le mot " antisémitisme " ou " antisémite " sera utilisé dans les lignes qui suivent, il désignera l'hostilité voire la haine des Juifs et (ou) du judaïsme, les deux étant intimement liés.

L'antisémitisme est aussi vieux que le peuple d'Israël ou presque. Il s'est développé tout au long de l'histoire sans jamais disparaître ce qui fait qu'aujourd'hui à peu près toutes les sources d'antisémitisme existent de façon plus ou moins vigoureuse. Nous essaierons de les aborder toutes, à savoir l'antisémitisme païen, chrétien, philosophique, politique et islamique. Toutes ces sources se sont plus ou moins " fécondées " ce qui fait que les distinguer absolument n'est pas toujours évident. Mais leurs effets sont bien identifiables à travers l'histoire et dans l'actualité de ce début de XXIème siècle. Nous évoquerons également certaines forces irrationnelles existant au sein du peuple juif lui-même , forces destructrices à l'encontre de Juifs, ou suicidaires. Comment un " mal " aussi universel a-t-il pu s'étendre aussi loin dans le temps et dans l'espace, même en des lieux où il n'y a pas de Juifs ou presque ?

 

 

I - L'ANTISEMITISME PAIEN.

Les premiers signes de xénophobie anti-israélite apparaissent en Egypte. Dans la Bible, au livre de l'Exode (1,9-16), Pharaon s'inquiète de la présence de ce peuple hébreu dans lequel il voit une menace. Lui vient alors l'idée de faire mourir tous les bébés mâles hébreux.

Toujours dans le livre de l'Exode (8,25-27) Pharaon suggère à Moïse que le peuple hébreux serve son Dieu en Egypte. Moïse lui fait alors remarquer que les pratiques des israélites sont abominables aux yeux des Egyptiens et que s'ils faisaient ces pratiques en Egypte, les Egyptiens les lapideraient, raison pour laquelle le peuple doit sortir d'Egypte pour servir son Dieu. Nous trouvons là une première allusion à cette différence irréductible des Israélites qui en fait un peuple potentiellement inassimilable et rejeté.

La Bible parle d'Amaleq, ennemi irréductible du peuple d'Israël et de Dieu. Amaleq est le petit-fils d'Esaü, le frère ennemi d'Isaac. Il s'oppose à l'installation d'Israël en Canaan. Son combat contre Israël au désert est terrible, ce qui amène l'Eternel à dire à Moïse qu'Il effacera la mémoire d'Amaleq, et que c'est la guerre entre le SEIGNEUR et Amaleq d'âge en âge (Exode 17,14-16). Amaleq symbolise l'ennemi par excellence du peuple juif.

Plus loin dans la Bible, nous rencontrons un sinistre personnage qui suggère à son roi Assuérus (Xerxès Ier) tout simplement d'exterminer le peuple d'Israël sous prétexte qu'un de ses membres, Mardochée, refusait de se prosterner devant lui, le représentant du pouvoir royal. Il s'agit d'Haman, et Haman est descendant .... d'Amaleq. (Esther 3,8-9).

Dès l'Antiquité Israël est sujet d'incompréhension et de moqueries, du fait de sa religion radicalement différente de celle des autres peuples et de sa foi en un dieu unique. Au IIème siècle Av J.C. le roi Antiochus IV Epiphane mène une guerre à outrance contre le judaïsme.

Déjà à cette époque, nous trouvons l' accusation de meurtre rituel humain, accusation qui survit jusqu'à aujourd'hui dans le monde arabe. Les Romains étaient intrigués par le shabbat. Ils y voyaient un signe de paresse et de décadence qui risquait de se répandre dans l'Empire.

Aussi les Juifs pouvaient-ils être vus comme un danger. Nous rencontrons également dès l'Antiquité, de la part des païens, les accusations d'athéisme(1), d'insociabilité ou encore d'impiété.

A peu près tous les éléments de l'antisémitisme actuel sont nés dès cette période. Les écrits d'auteurs tels que Démocrite ou Tacite le montrent. Le grammairien gréco-égyptien Apion (Ier siècle après J.C.) produisit des écrits qui pourraient servir de base à tous les discours antisémites ultérieurs.

L'antisémitisme païen existe encore aujourd'hui. Il combat le peuple juif en tant que fondateur de la morale judéo-chrétienne, base de la civilisation occidentale. Ce néo-paganisme désire un retour à la pureté païenne que l'héritage biblique est venu " polluer ". Il s'agit de s'affranchir des limites posées par la morale judéo-chrétienne pour revenir à l' " innocence " des origines.

L'antisémitisme païen lutte également contre l'universalisme et le prophétisme bibliques, vus comme un danger de perte des identités. Il lutte contre la conception biblique du temps droit pour affirmer au contraire le temps cyclique et l'éternel retour. On le rencontre aujourd'hui essentiellement dans des milieux d'extrême-droite, mais aussi dans des milieux anti-cléricaux de l'ultra-gauche.

Le Philosophe italien Julius Evola (1898-1974), proche de l'extrême droite, en fut un des principaux artisans. Le GREECE (Groupe de Recherche et d'Etude sur la Civilisation Européenne), lui aussi proche de l'extrême-droite, est un exemple de cet anti-judaïsme païen.

 

II - L'ANTISEMITISME CHRETIEN

 

L'Eglise primitive.

Chronologiquement, nous avons ensuite l'antisémitisme chrétien dont on peut penser qu'il est arrivé très tôt dans l'histoire de l'Eglise comme en témoigne la mise au point que nous trouvons dans la Bible de la part de l'apôtre Paul (épître aux Romains chapitres 9 à 11). L'apôtre Paul lutte contre l'antisémitisme naissant dans l'Eglise pagano-chrétienne de Rome. Il lutte entre autres contre la théologie de la substitution, qui veut que le peuple juif n'ait plus aucun rôle ni aucun devenir en tant que peuple dans l'œuvre de Dieu, en dehors d'une Eglise pagano-chrétienne. Or, les promesses faites à Israël en tant que nation subsistent bel et bien. " Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables " (Epître aux Romains 11,29).

Pour le théologien protestant Alphonse Maillot, dans son commentaire de cette épître, Israël continue de jouer un rôle essentiel dans l'œuvre de l'Eternel en ce qu'il est témoin des promesses et de la grâce de Dieu. C'est pour cela qu' Israël " doit toujours être au centre de la théologie chrétienne (...) ce qui est certain, c'est que sans Israël, l'Eglise n'aura jamais qu'une théologie bancale et que la famille de Dieu, de quelque côté qu'on la voie, est une famille en deuil. "(2).

 

Les Pères de l'Eglise.

L'antisémitisme chrétien ne va vraiment prendre de l'ampleur que lorsque les chrétiens d'origine juive seront très minoritaires, voire inexistants dans l'Eglise. Ainsi, dès les IIème et IIIème siècle, de grands auteurs chrétiens tels que Tertullien ou Origène vont commencer à voir les catastrophes de 70 et 1353 comme des châtiments de Dieu suite à la crucifixion de Jésus (3). L'animosité anti-juive va se développer et s'élaborer théologiquement. Elle va entre autres s'appuyer sur des textes des Evangiles tels que Matthieu 27,25 où la foule, qui crie " à mort " à propos de Jésus, clame aussi " que son sang soit sur nous et nos enfants ", phrase par la suite interprétée de façon perverse sur le plan juridique, afin de servir d'alibi à des persécutions futures.

Or, cet alibi ne tient pas sur le plan juridique. Comme le démontre le juriste Raphaël DRAI dans son livre " Le mythe de la loi du talion " (Ed. Alinéa, 1991), l'enseignement biblique s'inscrit en faux contre l'idée que les générations futures puissent supporter les sanctions des fautes des générations qui les ont précédées (La Bible, Deutéronome 24,16), quand bien même elles le souhaiteraient.

Cette animosité anti-juive va aussi s'appuyer sur des textes des Evangiles comme Matthieu 21,33-46 où certains ont vu le rejet d'Israël, avec l'Eglise nouvel Israël. Or le texte est clair : ce n'est pas la vigne (le peuple juif) qui est rejetée mais ceux qui en sont chargés, c'est à dire les dirigeants religieux juifs de l'époque tel que Caïphe (dont le Talmud parle comme d'un blasphémateur).

La particularité de l'antisémitisme chrétien est qu'il ne conduit pas explicitement au massacre ou à l'extermination. Au contraire, il faut que les Juifs survivent car à travers leur situation misérable et leurs souffrances, ils sont les témoins utiles et nécessaires du châtiment de Dieu.

Certains Pères de l'Eglise développent donc un mépris sans borne pour les Juifs. Pour exemple, citons un des plus célèbres, Jean Chrysostome (IVème siècle), dont les propos anti-juifs laissent songeur : " Vivant pour leur ventre, la bouche béante, ils ne se conduisent pas mieux que les porcs et les boucs dans leur grossièreté et l'excès de leur gloutonnerie. Ils ne savent faire qu'une chose, se gaver et se saouler. "(4)

Ces propos dans la bouche d'un des plus grands théologiens de l'Eglise illustrent parfaitement ce que l'historien français Jules Isaac, au XXème siècle, appela " l'enseignement du mépris " dans son livre de référence " Jésus et Israël " (1948).

Une telle approche va durer tout au long des siècles avec plus ou moins de conséquences, jusqu'à aujourd'hui. Les chrétiens reprirent les principaux griefs païens (débauche, immoralité, culte archaïque suscitant la moquerie,...) tout en les étayant d'une dimension religieuse.

Pour Grégoire de Nysse (IVème siècle), un autre père de l'Eglise, les Juifs sont " Assassins du Seigneur, des prophètes, ennemis de Dieu et des lois, ennemis de la grâce et de la foi de leurs Pères, avocats du diable, race de vipères, calomniateurs, moqueurs, hommes dont l'esprit erre dans les ténèbres, levain des pharisiens, assemblée de démons, pécheurs, lapideurs, êtres malfaisants et détestant la justice... "(5). Avec le christianisme, l'antisémitisme devient plus construit, plus argumenté et non plus fondé uniquement sur des rumeurs populaires.

Un virage s'opère avec Constantin (IVème siècle). Les persécutions contre les chrétiens prennent fin en même temps que les privilèges accordés aux Juifs. En 325, apparaît au Concile de Nicée le dogme faisant des Juifs un peuple " déicide ". Les Empereurs byzantins, épaulés par les responsables de l'Eglise, vont progressivement élaborer une juridiction anti-juive. Le marcionisme (6) (IIème siècle) va développer un terreau anti-judaïque fertile. Se développe également l'idée que le retour du Christ est lié à la conversion des Juifs. Aussi, tant que ceux-ci refusent de se convertir, ils retardent son retour, ce qui fait des Juifs un peuple dont la dureté est préjudiciable à la vie des hommes sur terre.

 

L'époque médiévale.

Cependant en Europe jusqu'au Moyen-Age, la situation des Juifs n'est pas aussi mauvaise que l'on pourrait le croire. En témoigne le rayonnement d'un philosophe tel que Rachi (1040-1105) à Troyes ou Maïmonide (1135-1204) en Espagne. Leur situation se dégrade petit à petit, plus particulièrement à partir des premières croisades (fin du XIème siècle).

L'antisémitisme, rappelons-le, s'articule autour de deux facettes : rabaisser les Juifs en tant que peuple incrédule et déicide, et ne pas les massacrer, leur témoignage étant utile.

Au XIIIème siècle, le pape Innocent III explique : " Les Juifs contre lesquels crie le sang du Christ, bien qu'ils ne doivent pas être tués afin que le peuple chrétien n'oublie pas la loi de Dieu, doivent rester des errants sur terre jusqu'à ce que leur cœur se remplisse de honte et qu'ils cherchent le nom de Jésus-Christ notre Seigneur. "(7).

Le clergé et les chrétiens en déduiront malgré tout, parfois, des actions sanglantes. Les premières croisades seront le théâtre de massacres considérables tout au long du chemin depuis la France jusqu'à Jérusalem. (2000 brûlements à Strasbourg, etc...).

Quelques vestiges architecturaux subsistent de cet état d'esprit tel que sur l'Eglise de Wittenberg en Allemagne où une truie allaite ses porcelets ainsi que des Juifs, la représentation de Juifs obscènes sur des hauts reliefs de la cathédrale de Colmar, ou encore la cathédrale de Strasbourg avec la femme voilée représentant la synagogue.

Au XIIème siècle ressurgit l'accusation de meurtre rituel (cette accusation remontant à l'Antiquité) agrémentée de celle de profanation d'hosties. Les juifs tuent des enfants non-juifs pour prendre leur sang nécessaire à la confection du pain de la Pâque. Malgré la Bulle d'Or de l'Empereur Frédéric II en 1236 ainsi que la déclaration du pape Innocent IV en 1247 disculpant les Juifs, elle se développe dans toute l'Europe pour y survivre jusqu'au XXème siècle (en Pologne) et pour survivre jusqu'à aujourd'hui dans le monde arabe.

A l'occasion de la peste noire en Europe au XIVème siècle naît l'idée du complot juif, les Juifs étant ennemis de l'humanité. En bouc émissaire idéal, ils sont accusés d'empoisonner les puits et, malgré les appels au calme du pape Clément VI, se développe une montée de l'antisémitisme accompagnée de nombreuses mises à mort et persécutions.

De la Réforme protestante à Vatican II.

En Europe la Réforme protestante n'apporte pas de véritables bouleversements pour les Juifs. Dans la sphère luthérienne, malgré des débuts prometteurs de la part de Luther, la situation des Juifs n'a pas été véritablement changée. Les propos ouvertement anti-juifs de Luther à la fin de sa vie, aigri pas le fait que ceux-ci n'adhéraient pas à sa Réforme, sont demeurés célèbres, les Juifs n'étant que des " enfants du diable condamnés aux flammes de l'enfer... "(8). Ses pamphlets anti-juifs n'ont certes pas eu autant d'audience que son livre "Jésus est juif de naissance" (qui était un progrès en soit à l'époque) mais ils ont assurément contribué au développement d'une culture antisémite.

C'est au lendemain de la deuxième Guerre Mondiale que l'Eglise luthérienne allemande fit une déclaration de repentance pour sa responsabilité dans la catastrophe nazie (la branche confessante étant entrée en dissidence dès les années trente). Des démarches similaires suivirent dans d'autres pays de la part d'Eglises luthériennes. Le plus révolutionnaire sur la question juive, en son temps, fut Calvin. Il ne s'agit pas d'une rupture totale et absolue d'avec l'antisémitisme chrétien de l'époque, mais d'une importante réhabilitation du peuple de la Bible. Cela se résume par : " Les Juifs sont pécheurs comme les autres, ni plus, ni moins ". Une véritable avancée !

C'est dans les pays où la Réforme calviniste s'est opérée que, le plus souvent, la condition juive s'est le plus améliorée. Bien que le Concile de Trente ait affirmé dès le XVIème siècle que tous les hommes sont " déicides ", l'antisémitisme a bien fructifié dans le monde catholique, tout au long des siècles. Notons toutefois les propos du Pape Pie XI contre l'antisémitisme nazi dans les années 1930. Il affirmera que les chrétiens sont tous " spirituellement sémites ".

Mais il faudra attendre le Concile Vatican II (1962) pour que l'Eglise catholique romaine modifie conséquemment sa position vis à vis du peuple juif, avec l'encyclique Nostra Aetate et entre autres la suppression du Juif perfide (apparue vers le IXème siècle) dans la liturgie du Vendredi Saint. La Shoa n'y est pas pour rien.

 

Aujourd'hui.

Même s'il subsiste des poches de résistance, l'antisémitisme est semble-t-il à peu près éradiqué de la plupart des Eglises en Occident. Cependant, la théologie de la substitution ou un regard péjoratif sur le judaïsme subsiste encore chez bon nombre de chrétiens de tous horizons. De plus, l'antisémitisme chrétien est encore présent dans certaines Eglises orientales et orthodoxes, Eglises n'ayant toujours pas fait d'examen de conscience sur le sujet, faute de Shoa locale, les pogromes n'ayant pas suffi, ou du fait d'un contexte politique et religieux arabo-musulman (au Moyen-Orient notamment) non seulement réprimant toute attitude plus ou moins positive à l'égard du peuple juif, mais incitant à une attitude judéophobe.

Bon nombre de chrétiens arabes engagés dans la cause nationale arabe contre l'Etat d'Israël cumulent ainsi les arguments théologiques et politiques propices à l'antisémitisme. Cette attitude va parfois jusqu'à supprimer de la liturgie le terme biblique " Sion ".

Pour finir sur ce chapitre, écoutons ce que dit Nicolas Baudy dans son livre " Les grandes questions juives "(9), à propos de l'historien français Jules Isaac et de son livre " Jésus et Israël ". " Dans les années 1942-1944, après la déportation des siens, il [Jules Isaac] a lu et relu les Evangiles. La thèse centrale de Jésus et Israël peut se résumer ainsi : la tradition, l'enseignement, dispensé par l'Eglise, en particulier depuis Constantin, depuis le IVème siècle, ne correspond nullement à ce qui est dit, à ce qui est écrit dans les Evangiles, concernant les rapports des Juifs et de Jésus. Cette conception, cette tradition, cette perpétuelle mise en accusation des Juifs déborde largement, fausse le texte évangélique ".

Une manière de rendre hommage à cet homme exemplaire qui a tant contribué au dialogue judéo-chrétien.

L'apport des Lumières et de la philosophie allemande.

Nous pourrions être surpris que des philosophes, parfois ayant été très reconnus, aient pu contribuer à nourrir l'antisémitisme. Et pourtant... La naissance du racisme moderne et argumenté se situe à la fin du siècle des Lumières. Des personnes comme Buffon (1707-1788), dont l'audience était peut-être aussi importante que celle de Voltaire, y ont contribué. Ce naturaliste français pensait que l'homme blanc était supérieur. C'est ce genre de " découverte " qui permettra à l'antisémitisme de construire son fondement raciste.

Rajoutons à ce racisme philosophique et pseudo-scientifique le fait qu'une part de la philosophie issue des Lumières était en conflit ouvert avec la Bible hébraïque et cultivait un certain anti-judaïsme, et l'on obtient un terreau efficace qui a contribué à l'antisémitisme.

Voltaire (1694-1778) inséra dans son Dictionnaire philosophique bon nombre d'articles propices à une pensée anti-juive comme par exemple, " nos maîtres et nos ennemis, que nous croyons et que nous détestons.(...) Le plus abominable peuple de la terre, dont les lois ne disent pas un mot de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme "(10).

Si le Siècle des Lumières a permis l'émancipation de la société et des individus, y compris des Juifs, il n'en a pas moins véhiculé des éléments propices à l'antisémitisme. Le rejet de la Bible de la part de certains philosophes n'a pas été sans conséquence pour les Juifs.

En s'écartant de la tradition biblique qui voit en Adam l'ancêtre de tous les hommes et qui exclut ainsi la notion de race, Goethe (1749-1832), par exemple, ne pense pas que l'humanité remonte à un ancêtre commun, mais que les races ont eu des ancêtres différents. Concernant les Juifs, il se demande si ce sont des hommes. Dès lors, ils n'ont pas part à sa cité idéale. Le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) cultivait un anti-judaïsme musclé. Le judaïsme était pour lui une religion qu'il fallait aider à mourir. La philosophie allemande s'est particulièrement distinguée dans le rejet et la détestation du judaïsme . Ceci n'a pas été sans conséquence dans l'avènement de l'antisémitisme européen et notamment le nazisme en Allemagne. Le grand philosophe allemand Fichte (1762-1814), disciple de Kant, considérait que le christianisme était perverti par l'héritage hébraïque et qu'il fallait opérer à cet égard une sorte de purification.

La notion de création, en particulier, était dénoncée et combattue, notion qui pose la distinction fondamentale entre l'univers et son Créateur. La philosophie allemande a nourri une pensée anti-juive depuis Kant jusqu'à Nietzsche et Heidegger, ce dernier ayant été membre du parti nazi, fidèle à son engagement jusqu'après la découverte de la solution finale, ou en tout cas n'ayant pas affirmé publiquement sa désapprobation.

Cette philosophie a cherché à dissocier absolument le christianisme de ses racines hébraïques, apportant ainsi son concours à l'anti-judaïsme chrétien des sociétés européennes.

 

(à suivre: Les racines de l'antisémitisme, deuxième partie)

 

Jean-Daniel Chevalier © Primo Europe

 

Notes:

1 Les israélites adorent un dieu invisible et unique, en opposition aux païens qui adorent plusieurs divinités visibles et palpables. Les israélites étaient donc vus comme un peuple sans dieu.

2 Epître aux Romains, A. Maillot, Ed Labor et Fides, Le Centurion.

3 Les catastrophes de 70 et 135 sont respectivement la destruction du Temple et la dernière révolte armée juive face aux Romains menée par Bar Kohkba et qui s'achève par un bain de sang.

4 Que Sais-je N° 2039, PUF, 1993.

5 Capitale Jérusalem, Claude Duvernoy, Ed Atlantic, Paris, 1988.

6 Marcion ( 2ème siècle) conçu un christianisme débarrassé de l'Ancien Testament et d'une partie du Nouveau Testament. Il y avait selon lui un dieu mauvais qui avait donné la Loi juive et le dieu bon qui a envoyé Jésus-Christ. Cette tentation marcionniste refait surface actuellement dans le sillage du conflit proche oriental.

7 Les Juifs chez les chrétiens, Jean Letellier, Ed Centurion, Paris, 1991.

8 Que Sais-je N°1801, PUF.

9 Les grandes questions juives, Nicolas Baudy, Ed Planète,1968.

10 Les Juifs chez les chrétiens, Jean Letellier, Ed Centurion, 1991.

 

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