Chrétiens et juifs, ... des amis !

Le site de l'association COEUR: Comité OEcuménique d'Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif.

 

PROTESTANTS ET JUIFS

devant l'histoire.

                                                                            par le pasteur Jacques Gruber

L'ignorance des médias. 

 

Juifs et catholiques se plaignent souvent du traitement que leur font subir les médias. Les musulmans pourraient sans doute en dire autant. De notre côté, comme protestants, en France, nous souffrons aussi d’une désinformation.

Certes, le protestantisme n’est pas médiatique : nous ne disposons pas d’un organe mondial central; nous nous refusons la pensée unique (sans que la pluralité conduise à un pluralisme); nous nous défions de tout ce qui est spectaculaire; nous nous refusons à mettre en scène nos dirigeants, nos actions et nos décisions; nous nous méfions de tout ce qui peut conduire à un culte de la personnalité; pour nous, le lieu d’application de la vocation chrétienne n’est pas le sacré, mais le profane, la vie quotidienne, non l’extraordinaire, mais l’ordinaire.

Cela n’excuse pas les médias d’êtres ignorants, partiaux et de manquer de culture. Voici, parmi tant d'autres, quelques exemples de cette désinformation:

Arte mis à part, l‘information sur l’Irlande du Nord est présentée de manière unilatérale. Il ne fait pas de doute que les protestants s’y sont conduits en colonisateurs, mais les reportages sur l’actualité ne donnent la parole qu’au côté catholique, jamais à des familles ou des responsables protestants. Rien n’est dit des efforts des Églises tant catholique que protestante pour créer des relations pacifiques entre les communautés.

Les médias présentent Mgr Desmond Tutu, figure éminente de la lutte anti-apartheid en République d’Afrique du Sud, comme évêque de Johannesbourg, mais omettent de préciser qu’il s’agit d’un prélat anglican ?

Les rassemblements de tsiganes évangéliques sont présentés sous un jour défavorable faisant écho aux préjugés courants. Or ces rassemblements sont organisés par une église tsigane qui fait partie de la Fédération Protestante de France.

Le public français ignore qu’un service religieux de repentance et conversion réunissant huit cents personnes, représentatives de tous les courants du protestantisme et des instances juives du plus haut niveau, s’est déroulé, à Jérusalem, du 17 au 20 avril 2001. (Cf notre information parue dans nos nos 25 et 29)

On entend parler de la CIMADE sans savoir qu’il s’agit d’un organisme né au sein du protestantisme français, en 1939-40, par l’action d’une femme (Suzanne de Dietrich, relayée par Madeleine Barot) pour venir en aide aux évacués et déportés, alsaciens, et réfugiés divers, parmi lesquels des Juifs.

Tout récemment, en parlant du Rassemblement œcuménique des jeunes de Taizé, une radio très écoutée parlait d’un rassemblement de jeunes catholiques de toute l’Europe.

En revanche, on ne peut que recommander la présentation du protestantisme qui a été faite à l’émission du Jour du Seigneur, sur A 2, depuis La Rochelle, le 4 août 2002. (Jour du Seigneur est une émission catholique)

Concernant les relations entre Juifs et chrétiens, en France, qu’il s’agisse des médias, des livres, de la presse écrite ou des conférences, l’identification entre ‘‘chrétien’’ et ‘‘catholique’’ est constante. L’œcuménisme et l’amitié entre les religions (ou encore la simple culture) devraient nous conduire à parler des chrétiens en général (lorsque c’est possible) ou, sinon, des chrétiens orthodoxes, catholiques, protestants, évangéliques ou anglicans.

 

 

 

Le nécessaire rappel historique :

 

On ne peut effectuer un travail de mémoire valable si l’on ne tient pas compte de tous les éléments. Le plus souvent, dans ce que je lis ou entend, les relations entre chrétiens et juifs sautent du Moyen Âge à Vatican II (Nostra Aetate, 1965), comme s’il n’y avait rien eu entre temps.

Certes, le protestantisme européen n’a pas à sa glorifier de son attitude vis-à-vis des Juifs au cours de son histoire et, particulièrement, au cours des douze années de l’hitlérisme. Mais on ne peut pas non plus se contenter de dire : "Ils n’ont pas mieux fait que les autres". Nous avons besoin d’informations pour nous faire une idée précise et parvenir à une appréciation valable. C'est ce que nous allons faire ci-dessous en prenant chaque période, l'une après l'autre.

 

XVIe-XVIIe siècles .

Les réformateurs pensaient que leur restitution du Premier Testament  comme parole de Dieu et le renouveau des études universitaires hébraïques (ce qui s’est fait en France, avec le grand rabbin Sirat, dans la dernière moitié du XXe s., existait depuis quatre cents ans dans les universités de l’Europe protestante, aujourd'hui encore, tout pasteur passant par une faculté de théologie apprend l’hébreu) ainsi qu’un nouvel intérêt pour le monde Juif, éveilleraient l’intérêt des Juifs pour l’Évangile. Leur déception sur ce point a diversement marqué leurs relations ultérieures.

Luther avait commencé par rappeler, dans un traité paru en 1523, que … "Jésus-Christ est né Juif". Des tentatives de rapprochements avec les communautés juives avaient eu pour conséquence qu’on l’avait surnommé « le père juif » (Foi et Vie, fév. 2002, p. 31). Pourtant, sur la fin da vie, Luther, qui estimait ne pas être entendu par les Juifs, a publié plusieurs traités outranciers à l’endroit des Juifs. L’histoire n’a cependant pas retenu que ces textes aient donné lieu à une aggravation de la condition des Juifs en Allemagne, ils seront même désapprouvés par certains (Magistrat de Strasbourg, 1543, Michel Leplay, in "La Racine qui te porte" p. 48).  Il a fallu que Goebbels (issu d’une famille protestante) s’en serve pour instrumentaliser les chrétiens évangéliques dans l’Allemagne nazie. Depuis, les instances luthériennes mondiales ont officiellement désavoué ces propos.

Pour Luther (suivi par la Réformation dans son ensemble), le Premier Testament est tout autant Parole de Dieu que le Nouveau Testament, mais il distingue entre ce qu’il appelle la Loi et l’Évangile. Il oppose ce qui est de l’ordre du commandement et ce qui est de l’ordre de la promesse. La Loi caractérise plus le Premier Testament et l’Évangile plus le Nouveau Testament, mais les deux se trouvent aussi bien dans le Premier Testament que dans le Nouveau.

Calvin, tout en maintenant l’idée que les observances rituelles de la Torah et le culte israélite ont été accomplis en Jésus-Christ, reconnaît que la Loi, comme contenu éthique exprimant la situation de l’être humain devant Dieu, reste une source permanente de vie. Il sera accusé de judaïser. Les États acquis à la réformation calviniste (France, Suisse, Pays-Bas, Grande Bretagne - à partir d’Edouard III, l’Église anglicane adopte une théologie calviniste -, Hongrie, puis États Unis) ont eu une forte imprégnation du Premier Testament. À titre d’illustration, l’usage répandu des prénoms bibliques tirés du Premier Testament, le recours aux appellations de ‘‘désert’’ et d‘‘exil’’ (ou ‘‘refuge)’’ par les protestants français pour la période qu’ils ont vécue après la révocation de l’édit de Nantes, l’utilisation des épisodes du Premier Testament dans les gospels des noirs américains pour exprimer leur expérience.

 

XVIIe-XVIIIe siècles.:

Cette période a été appelée celle des "Lumières" (anticléricales et antireligieuses chez certains comme Condorcet) et vit la naissance de la critique biblique (Louis Cappel du côté protestant, Baruch Spinoza du côté Juif, Richard Simon du côté catholique). Elle vit aussi le développement des mouvements protestants évangéliques, Frères Moraves et piétistes, qui furent des artisans d’une amitié entre Juifs et chrétiens.

C’est le pasteur Paul Rabaud-Saint-Étienne qui exigera que la Déclaration des droits de l’homme de 1789 ne comporte pas la tolérance, mais la liberté religieuse  dont les Juifs de France bénéficieront aussi (l’Émancipation).

 

XIXe siècle.

En France , les dernières mesures vexatoires à l’encontre des protestants datent du Second Empire:

-  en ville, les temples doivent être bâtis dans l’alignement sans rien, comme un clocher, qui rappelle une église,

-  alors que Napoléon III confie au préfet Hausmann, qui est protestant, la rénovation de Paris.

-  la droite nationaliste  fait un amalgame entre Juifs et protestants (Jean Baubérot, L’anti-protestantisme politique à la fin du XIXe siècle).

En Angleterre, en revanche, il existe un courant philosémite dans lequel s’inscrira la Déclaration Balfour de 1917 qui pose le principe d’un foyer national Juif créé sur la terre d’Israël.

 

Remarque : Si nous n’avons jamais parlé de « peuple déicide », c’est pour les mêmes raisons théologiques qui nous retiennent de faire de Marie la « Mère de Dieu ». Brièvement dit : on peut donner tout son sens à l’incarnation sans souscrire à l’idée d’une continuation de celle-ci dans l’Église comme institution ecclésiastique.

Le discours sur la substitution a marqué le protestantisme, dans la théologie et dans la philosophie comme chez Hegel. Mais au plan théologique et pratique, il a rencontré une certaine limitation du fait que, pour nous, l’Église n’est pas première, c’est la Parole de Dieu et la foi qui le sont. De plus, chez nous, la réalité de l’Église n’est pas dans sa tête, mais dans les églises locales unies par le lien synodal. Enfin notre théologie est plutôt celle de l’accomplissement d’Israël réalisé une fois pour toutes en Jésus Christ et en lui seul (le pro nobis de Luther) . Donc, non dans l’Église, Corps de Christ en vertu de sacrements agissant par eux-mêmes, mais dans l’Église, corps de Christ dans la mesure où ses membres ont intériorisé leur être en Christ (voir la revue Sens  9-10/2000, pp. 417-462, Réflexions protestantes, documents rassemblés par Michel Leplay, texte de la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises, Bristol, février 1967, pp. 437-438).

 

XXe siècle :

Dans tous les pays d’Europe et dans le protestantisme européen, aux XIXe et XXe siècles, hormis les courants antisémites déclarés, les entreprises de conversion des Juifs ou, au contraire, les personnes intéressées par le dialogue avec les Juifs et les études juives, les Juifs sont ignorés, discrédités, ou méprisés, même si ces attitudes sont, le plus souvent, vécues de façon non agressives.

En Allemagne et sans doute aussi ailleurs, les Juifs convertis au protestantisme ne sont pas parfaitement intégrés aux Églises, ils forment un groupe à part, attitude qui sera condamnée par l’Assemblée du Conseil œcuménique des Églises, à Amsterdam, en 1948.

En France, toutefois, on peut noter que la première personne à dénoncer la machination dont le capitaine Dreyfus avait été l’objet fut un protestant alsacien, le député Scheurer-Kestner.

 

Les ‘‘années de plomb’’ :

En Allemagne , les chrétiens protestants dans leur grande majorité optent pour l’organisation hitlérienne des ‘‘Chrétiens allemands’’. Lors des élections ecclésiastiques de juillet 1933 (trois mois après l’accession démocratique au pouvoir du chancelier Adolf Hitler) plus de 75 % des suffrages se portent sur le choix d’une Église évangélique de la nation allemande (Encyclopaedia Universalis, édition électronique, 2001, clé : Barmen). Si Hitler n’est pas protestant d’origine, la plupart des hauts dignitaires nazis le sont, des théologiens protestants éminents signent le manifeste des universitaires et intellectuels allemands, en faveur d’Hitler.

On peut y voir le résultat du Kulturprotestantismus qui identifie protestantisme et messianisme de la nation allemande, avec, pour aggraver la situation, la misère dans laquelle le traité de Versailles avait plongé l’Allemagne et la menace que le communisme de l’Union soviétique faisait peser sur elle. D’une façon générale, personne (en Allemagne et hors d’Allemagne) n’a suffisamment pris au sérieux le programme développé dans Mein Kampf, ni compris qu’on avait affaire à des manieurs de foules et des manipulateurs émérites.

Pourtant une opposition publique apparaît dès le début dans les milieux protestants, celle de l’écrivain Thomas Mann et du théologien Paul Tillich qui choisissent l’émigration aux États Unis. En Allemagne même, il faut citer la revue Theologische Existenz heute autour de Karl Barth, Martin Niemöller et d’autres. Un an plus tard, le 31 mai 1934, un synode clandestin se réunit à Barmen, dans le Wuppertal, il vote un texte appelée Confession de Barmen, qui appelle à la résistance spirituelle au nazisme, dénonce le Führerprinzip, affirme la liberté de la parole de Dieu face aux pouvoirs et aux idéologies. Karl Barth est expulsé d’Allemagne et sera accueilli en Suisse. Martin Niemöller sera interné en camp de concentration, d'où il ne sortira que dix ans plus tard, quand le camp de Dachau sera libéré; le jury du Nobel l’ignorera, mais les Soviétiques lui décerneront un prix Lénine de la paix. 

Ce texte sera l’acte de naissance de l’Église confessante, une institution évangélique de refus du pouvoir hitlérien, non séparée de l’Église officielle, mais existant en son sein. Bien qu’elle n’ait pas eu de rapport direct avec une lutte contre le programme d’anéantissement des Juifs exécuté par le régime hitlérien, à titre d’acte collectif de résistance spirituelle, l’Église confessante a créé un milieu et offert un appui pour des prises de conscience et des actions en faveur des Juifs, comme cela s’est produit dans divers protestantismes européens hors d’Allemagne. Outre Niemöller, cette Église sera celle de Dietrich Bonhoeffer, de l’amiral Canaris, de Kurt Gerstein et d’autres, moins connus ou anonymes.

En Allemagne, les Églises en général et les Églises protestantes en particulier ont-elles moins bien réagi que les autres corps constitués (Université, Magistrature, Administration, Armée) ?

En dehors de l’Allemagne, dans l’Europe occupée, rappelons que le roi Christian X du Danemark (luhérien) portera l’étoile jaune en signe de protestation, que la reine Juliana des Pays-Bas (réformée et conseillée d’ailleurs par le pasteur Boegner) donnera l’exemple d’un refus de collaborer avec les occupants.

En France, dans les années 1930-1938, on note plusieurs textes et déclarations de protestants en faveur des Juifs. En 1938-1939, la revue du Christianisme social publie une série de notes et d’articles sur la question juive, en rapport avec le martyr subi en Allemagne (Patrick Cabanel, Les protestants et la République, p. 178). Le 6 avril 1933, le pasteur Freddy Durrleman prononce à Radio-Paris un ‘‘Plaidoyer pour Israël’’ qui comporte trois volets : repentance, reconnaissance et espérance.

Le Commissariat aux affaires juives est créé début mars 1941. Le Conseil national de l’Église Réformée de France, réuni à Nîmes, demande au pasteur Boegner (président de la Fédération protestante de France) d’écrire en son nom au Grand rabbin Isaïe Schwartz et à l’amiral Darlan. Ce qui est fait le 26 mars et la seconde de ces lettres est rendue publique. Le même pasteur Boegner (pourtant acquis à la révolution nationale et membre du Conseil social) rencontrera plusieurs fois le maréchal Pétain pour protester contre les dérives racistes de l’État français. Le même avait dit, le 23 octobre 1940, dans une réunion de responsables protestants, à Vichy : « Le statut imposé le 3 octobre aux citoyens israélites nous appelle à tenir notre rôle [de chrétiens] avec une grande fermeté » (Les protestants français pendant la seconde guerre mondiale, p. 198).

Comme dans le cas de l’Église confessante allemande, il ne s’agit pas d’actes isolés: il y a eu, en France, une prise de position ecclésiale collective, officielle. En mai 1941, le synode national de l’Église réformée de France, réuni à Alès, approuve les démarches du pasteur Boegner et dénonce les lois racistes de l’État français. Le 16 septembre de la même année1941, sont rédigées les Thèses de Pomeyrol qui ajoutent aux thèses de Barmen, celle qui concerne les lois contre les Juifs :

« thèse 7 : Fondée sur la Bible, l’Église reconnaît en Israël le peuple que Dieu a élu pour donner un Sauveur au monde et pour être au milieu des nations un témoin permanent du mystère de la fidélité de Dieu. C’est pourquoi, tout en reconnaissant que l’État se trouve devant un problème auquel il est tenu de donner une solution, elle élève une protestation solennelle contre tout statut rejetant les Juifs hors des communautés humaines » (Libre Sens, déc. 2001, p.3).

L’impact de ce texte est différemment apprécié par les historiens : il est jugé déterminant pour Patrick Cabanel (Les protestants et la République, p. 181), il est minimisé par Jean Loignon (Libre Sens, déc. 2001, pp. 10-12); il a, sans doute, été inégalement reçu dans les églises et, en tout cas, dénoncé par le groupe Sully qui rassemble alors, en France, une frange de protestants maurassiens et qui publie des contre-thèses.

À partir de 1942, quand le port de l’étoile jaune est imposé, le pasteur Boegner proteste à nouveau, au nom des Églises protestantes, auprès du maréchal Pétain, une véritable mobilisation des pasteurs et des paroisses en faveur des Juifs persécutés s’organise: le cas le plus connu est celui du Chambon-sur-Lignon où se retrouveront, entre autres, Daniel Isaac, fils aîné de Jules, André Chouraqui, Léon Poliakov,( André Kaspi,  in Jules Isaac ou la passion de la vérité-). Le journal collaborationniste Je suis partout parle du protestantisme comme d’une vaste organisation de secours aux réfractaires du STO (Service du travail obligatoire, 1943) et qualifie le pasteur Boegner de « champion de la juiverie » (Les protestants et la République, p. 182). 

 

Aujourd’hui, les choses paraissent relativement claires et simples, il ne pouvait en être ainsi à l’époque. Que diront nos descendants quand viendra le temps d’apprécier le message et les comportements des chrétiens d’aujourd'hui dans le conflit israélo-palestinien, face au terrorisme et au contre-terrorisme, en réponse aux défis génétiques et aux revendications des minorités de tous ordre ? Il a fallu la puissance militaire des Alliés pour en finir avec le régime hitlérien. Face aux totalitarismes et au nihilisme, les Églises et les chrétiens n’ont pas d’autre possibilité que d’opposer leur témoignage en forme d’actes de résistance.

Après la guerre,

Les protestants seront partie prenante aux Entretiens de Seelisberg.

Le 18 octobre 1945, le Conseil des Églises évangéliques d’Allemagne, à Stuttgart, vote une « confession de nos fautes » qui inaugure les actes de repentances des Églises.

Il faudrait ensuite citer tous les textes que nous donne la revue Sens des 9-10/2000, précitée. J’en extrais ici les éléments principaux émanant du Conseil œcuménique des Églises (CŒE qui associe orthodoxes, protestants et anglicans), de l’Église évangélique allemande (EKD), de la Fédération protestante de France (FPF) :

- dénonciation de l’antisémitisme comme péché contre Dieu et contre les hommes (CŒE 1948, CŒE et FPF 1961);

- renouvellement de l’acte de repentance (EKD 1950, 1960, 1961) ;

- les coupables de la solution finale sont appelés à se présenter d’eux-mêmes à la justice, toute les personnes ayant participé de près ou de loin à la persécution nazie devront être écartées de toute fonction dirigeante (EKD 1961) ;

- prise de position en faveur des réparations des États pour les victimes survivantes de la Choah (EKD 1961);

- entendre la compréhension que le peuple Juif a de lui-même, réviser la théologie concernant Israël, s’ouvrir à toutes les religions vivantes (CŒE 1967, EKD 1971) ;

- indépendance et sécurité des nations du Proche Orient, limitation des armements nationaux, les grandes puissances ne doivent pas poursuivre leurs intérêts particuliers dans le secteur, favoriser les négociations, discerner la part des facteurs religieux  de celle des facteurs non religieux ( CŒE, 1968), solidarité avec l’État d’Israël (EKD 1971) ;

- que la prédication et l’enseignement chrétien, à tous les niveaux, veillent au respect du peuple dont Jésus fait partie (FPF 1973);

- le sionisme n’est pas un racisme, Israël et l’État palestinien doivent pouvoir coexister (CŒE, 1975).

 

À partir de 1967 paraissent des textes importants qui redéfinissent, du côté du CŒE, la théologie chrétienne dans le respect de l’élection et de la vocation d’Israël pour l’humanité (Romains 11/1-11) et dans la perspective de se retrouver avec les Juifs sur le terrain de la justice, de la paix et de la réconciliation. Il faut citer : L’Église et le peuple Juif (CŒE, Bris­tol, 1967, 16 pp.), Les Églises et le peuple Juif . Vers une entente nouvelle (7 pp, CŒE,1988), mais aussi, du côté strictement protestant : l’article ‘‘Judaïsme’’ de l’Encyclopédie du protestantisme (Le Cerf-Labor et Fides, 1995, pp. 790-809), co-rédigé par David Banon (Juif) et Denis Müller (protestant) et le travail sur elles-mêmes des Églises protestantes de Suisse, de 1980 à 1997 : Origine et but du cheminement chrétien aux côtés du judaïsme (3 pp.).

En France, depuis les années cinquante, la revue Foi et Vie donne régulièrement des ‘‘Cahiers d’études juives’’, il lui appartenait de publier en français la réflexion historique et théologique de fond sur l’Église et Israël résultat d’une réflexion menée de 1996 à 2000 par les Églises de la Concorde ecclésiale de Leuenberg (qui regroupe luthériens, réformés et anglicans européens au plan ecclésial). Ce document de 70 pages présente la réflexion  la plus approfondie et la plus développée à ce jour sur le sujet des rapports entre Israël et l’Église.

 

 

La situation actuelle des protestants est double :

a/ ils ne sont pas reconnus comme interlocuteurs et partenaires à part entière par les Juifs qui, dans leur pratique du moins, semblent identifier christianisme et catholicisme.

b/ ils sont intérieurement partagés parce qu'ils ne retrouvent pas le message universel d'Israël et la finalité du peuple Juif auxquels ils veulent adhérer (et qui sont l'arme la plus efficace à long terme) dans les moyens mis en œuvre aujourd'hui par l'État d'Israël pour garantir sa sécurité immédiate, sécurité dont ils reconnaissent tout à fait qu'elle est menacée par delà même le conflit avec les palestiniens.

 

Du côté des protestants fondamen-talistes, la pensée est passée par plusieurs étapes (Sébastien Fath, Réforme, numéros 2973 à 2976). Avant la guerre de 1967 : Israéliens et Palestiniens sont tous deux fils d'Abraham, ils sont appelés à s'entendre. Au fil des années la balance penche du côté d'Israël, l'un des fils d'Abraham l'est plus que l'autre. Après que Jérusalem soit tout entière passée aux mains des Israéliens, en 1967, une ambassade chrétienne internationale y est ouverte, c'est le signe des temps annoncé dans Le 21/24, le temps de l'Église apparaît presque comme une parenthèse.

 

La situation est comprise à travers la notion de "dispensation" élaborée, au XIXe siècle, par John N. Darby : l'unique Alliance se développe en des dispensations successives au cours de l'histoire du salut et, une fois le temps de l'Église parvenu à son terme. Dieu restaurera Israël. Il faut savoir que les chrétiens "évangéliques" modérés représentent quarante millions de membres aux Etats-Unis et sont influents sur George W. Bush.

 

Le sionisme chrétien né aux États Unis sous l'impulsion de William E. Blackstone (1841-1935) (en France, actuellement, le pasteur Fruhinsholz) rassemble aujourd'hui des in-conditionnels de ce que Shmuel Trigano appelle le "camp de la nation" israélien (Z 'Ébranlement d'Israël. Philosophie de l'histoire juive, pp. 131-135). Israël étant l'épicentre bibliquement désigné de la manifestation dernière du Christ. Le sionisme "evangélical" finance des projets israéliens et passe pour être devenu le principal appui d'Israël aux États Unis.

 

Mais si la fin des temps est marquée par la restauration d'Israël, elle l'est aussi par la reconnaissance de Jésus comme le Messie par les Juifs. Le mouvement des Juifs messianiques qui reconnaissent le Messie en Jésus de Nazareth, qui a pris forme outre Atlantique, vient confirmer les analyses eschatologiques et la pensée fondamentaliste des chrétiens sionistes. On comprend que cela puisse être une cause d'irritation pour les Juifs.

 

 

                                                                Jacques Gruber

                                                                    rencontre AJCF du 6.10.2002 à Sucy-en-Brie.

 

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